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VARIÉTÉS SINOLOGIQUES H' 4
LE
CANAL
IMPÉRIAL
ÉTUDE
HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE
PAR
LE P. DOMIN. 6ANDAR, SJ
CHANG-HAI.
IIPRIIEIIE DE U IISSIOI CATNOLigOE
1908. »
(^^/f^lÇ^
194034
m 212 1915
AVANT-PROPOS.
-KK-<*
Depuis trois siècles, de nombrenœ voyageurs ç^t
visité le Grcmd CcmQl, qu'ils nous représentent comme
une merveille de l'industrie humaine : missiownaires,
diplomates et commerçcmts ont utilisé cette voie et en
ont signalé les particularités remarquables. Il sem^
blerait donc qu'au point de vue de la description il
reste aujourd'hui peu à faire : aussi notre rôle consis^
terort^il surtout à résvmer les meilleurs documents
parus Jusqu'à ce jour, en y ajoutant qwelques détails
sur Vétat actuel de cette oeuvre grandiose.
Il n'en va pas ainsi de V étude historique du Yun*
ho, Après les remarques trop brèves des anciens mis^
sionnaires (ij, Klaproth est, croyons-nous, le seul au-
teur européen qui, avec compétence^ ait fait connai-
tre le Canal impérial(2}. Mais sa relcUion vieillie, où
les lacunes cU>ondent, renferme de nombreuses inexac-
titudes, bien qu'il professe avoir tiré ses documents
d'ouvrages chinois. • Un misaionnairCj, qui a passé
vingt ans de sa vie dcms une contrée traversée par le
Canal, est naturellement plus à même d'en parler en
connaissance de cause, 9Ui^t$ut si ses études et ses
(1) Mémoireê eoneemant les Chinoiê, T. II; BeniArqne sur un écrit de M' Paw;
XCVI* et XCVII* reiiuurques. — T. YI ; Lettre du P. Amiot sur un écrit de M' Paw.
(3) Description du Onuid Canal de la Chine, extraite d'onvragi^ii chinois — Kla*
proth. UHnoirn relatifs à VAmr. 111. 1828, pp. 312 à 331.
II
observations propres se complètent des renseigne-
ments réunis par d'autres Pères, qui évoiïigélisent
comme lui cette Mission du Kiang-nan .
L'auteur, loin de Chang-hai et da/ns un milieu ex-
clusivement chinois y saisit Vocca^ion de remercier ici
deux de ses collègues , le P. Léopold Gain et le P. Henri
Havret. Il doit au premier, depuis plusieurs années
missionnaire dans la région qu'arrosait naguère le
Fleuve Jaune, des in formations circonstoâiciées , qu'un
témoin seul pouvait fournir. Le second a bien voulu
revoir et mettre au point son travail, en le faisant
profiter de certains documents européens sur la ques-
tion.
Qua/nt aux cartes jointes à cette étude, la plupart,
d'origine chinoise , sont la reproduction pure et simple
de documents trouvés dans les Chroniques indigènes :
elles représentent, à différentes époques, la section du
Ca/nal impérial entre le Fleuve Bleu et l'ancien cours
du Fleuve Jaune; c'est la pa/rtie la plus intéressante
du Yun-ho.
Une carte d'ensemble divisée en trois parties per-
mettra de suivre les Itinéraires : nous en devons les
principaux traits à la ca/rte chinoise (A 48 fi ^ % H
& ■) du P. Sta/nislas Chevalier.
^X'^
CHAPITRE I.
GÉNÉRALITÉS.
■H-H^
La Chine au point de vue hydrographique. » Province du
Kiang-sou. — Département de Yang^tcheou fou.
CHAPITRE I.
+g•*^
GENERALITES.
Ainsi que Tobservaient au commencement du dernier siècle
les anciens missionnaires de la Chine, «si cette contrée jouit d'une
«heureuse abondance, elle en est redevable non seulement à la
«profondeur et à la bonté de ses terres, mais encore plus à la
«quantité des Rivières, des Lacs, et des Canaux dont elle est ar-
«rosée. Il n'y a point de Ville, ni même de Bourgade, sur-tout
«dans les Provinces Méridionales, qui ne soit sur les bords ou
«d'une Rivière, ou d'un Lac, ou de quelque Canal (1).»
Baignée au sud et à Test par l'Océan, la Chine est traversée
par de nombreux fleuves dont plusieurs rivalisent avec les plus
fameux cours d'eau du globe. Ses lacs sont des réservoirs d'une
immense capacité, et ses rivières sont innombrables. Non content
des ressources que lui offraient les cours d'eau naturels, le Chinois,
dans la lutte opiniâtre pour la vie que lui a imposée la fécondité
de sa race, a par son industrie, multiplié les ressources que lui
offrait la nature, et développé au moyen de canaux artificiels, les
voies d'eau servant aux transports et à l'irrigation. Le nombre
des canaux que ce peuple canalisateur a creusés est incalculable.
Les uns iacilitent ses voyages et le transport de ses marchandi-
ses (2), d'autres fertilisent ses rizières et ses campagnes, tous lui
procurent en abondance des poissons de toute espèce.
(1) Description de Vempire de la Chiney par du Halde, T. II.
(2) Depuis que les vapeurs ont facilité les relations par mer, on n'use plus pour le
voyage de Koang-tckeou jR jHl (Canton) il Pé-king 4fc M? de la voie d'eau qui relie ces
deux villes, presque sans interruption, du Sud au Nord de la Chine. Elle n'en reste pas
moins, pour les communications intérieures, un précieux avantage.
IjC p. du Halde dans sa Description de Vernpire de la Chine (Paris 1735) indique
trois itinéraires de cette longue voie d'eau :
Le plus connu comjwrtait une seule journée par terre, «par le mont Mci-ling f^ 'Sî ,
d'où sort la rivière du Kiang-si ÎL W-» On remontait en barque de Canton à Nan-hiong
^ *fl» pnis on faisait une journée de marche jusqu'à Nan-ngan \^ 3C» oii l'on s'em-
barquait sur le Kan-kiang ^ jX^et l'on descendait jusqu'au lac P^o-yang ^ W ^^ ^^
fleuve Bleu. C'est le chemin que suivaient ordinairement les missionnaires, se rendant de
Macao à la Cour. (Op, oit. T. I. p. 32. et T. II. p. 156). Cf. Mart. Martini. Novus Atlas si-
nen9i$. p. 4. — P. Le Comte, Nouveaux mémoires. Paris. 1696. T. I. p. 229. — Et (U. pas*
La province du Kiang-^ou ft ^ est uqe des plus riob^^l du
royaume. Après le Tçhé^kiang ^ jx ^11^ ^st la plus petite en
superficie, mais la densité de sa population, qui atteint peut-être
360 habitants par kilomètre parré, Télève au-dessus de toutes les
autres. La fertilité de ses rizières, la richesse de ses salines et
beaucoup d'autres de ses produits, lui proviennent incontestablenient
de l'abondance des eaux qui Varrosent par des milliers de canaux
de toute grandeur.
Des huit grands départements de cette province, celui du Yang^
tcheou fou iSk M ftf ®3^i J^ pense, le plus favorisé par la distribu-
tion des eaux. Sa position géographique en est la cause. A Test
la mer de Chine baigne de ses flots la sous-préfecture de Tong^
t'ai hien ]£ S^ jH et lui envoie ses marées sfilées qui occupent
une nombreuse population de paludiers. Au midi le Yang^tse ki&ng
^ •? tt (1) fertilise les sous-préfectures de Kiang^tou hien iL$HBk
et de J'tcheng hien ^ ^ J^\ trois autres sous-préfectures, Pao-
yng hien Hf ift JUt Hing-hoa hien S^ itM ^^ Kao-yeou tcheou j|[
iE >Wt o^^ peine parfois à contenir dans leurs trente -trois lacs,
leurs étangs, Içurs marais, leurs vastes canaux et leurs innom-
brables rigoles, les eaux du ciel et celles que leur envoie la riviè-
«m. — C'est aussi celni que prirent au 17* Bièclc et on 1794 les ambaspades hollandaises
(L'ambassade de la Comimgnie orientale^ par J. NicuboiT. Tx'yde. 1065. — Voyage à Pékin
par M. de Guignes. Paris. 1808. T. I. — Journal publié par Moreau de Saint-Méry. Phila-
delphie, 1797. T. I) ; en 1793 et 1816 les ambassades anglaises (Foyo/yc^» C/i/wr, par J. Bar-
row. Paris, an XIII. T. III. ^Journal de H. EUis. Tx)ndrf's. »817.); etc.
Le second itinéraire indiqué par le P. du îlalde (T. T. pp. .^2, 34, 85), est à trayerale
Koang-si ;JÇ H ^'t le Hou-konng g^ gf- L'auteur donne â'inlvreasantfi détails sur cet-
te voie qui ajoint enbenible et le Fleuve qui va à Kanton se jeter dans la mer, et celui qiii
après avoir tru versé la Province du Uou-quang, entre enfin dans le Yang-Ue kiang J0 ^
iH.» Cette voie, qui permet aux barques de communiquer d'un versant à l'autre, est
établie au moyen de biefs superposés, pratiqués dans les montages à la hauteur de Hing^
nganhien ^ ^ J||*
Un dernier itinéraire (1. cit. p. 3.5 >, par Chao-icheou fou JSt ?n ni ®t I-tchang hien
y jP JBP, présente un portage de «sept do nos lioui*R et demie, de cette dernière ville
}uaqvL*k Tcking tcheou ^fi >N|.»
Si à ces voies qui relient le Sud et le Nord de la Chine, on joint l'immense artère
du YAng-tae kiang et de ses affluents, qui font communiquer ensemble les provincet de
l'Est et de l'Ouest, on voit combien était fondée l'admiration des anciens missionnaires.
(1) Ce fleuve a reçu des Européens le nom de fleuve Bleu, pent-^tre à cause de la
limpidité de ses eaux comparées à celles du Hoang-ho j( (9 «fleuve Jaune, auxqueUes le
limon qu'il churie donne cette couleur.
Le P. Fr. Jacinto de Deus dans son Vergeï de Plantas et Flores ^1690^ A accepté
l'étymologie de «Fils de la mer» donnée également par les premiers missionnaires Jésuites.
An chap. IV de son œuvre, il parle en effet de ce agrand rio, que corta e rega muitaa pro-
vindas do sol, a que os chinas pelo caudalosq e impctnoso rigor oom que corre chaman
t^^VL Yang-t^u-ehiang^ id est, filho do mar.»~Le Père du Halde relève ainsi (Tom.
4 LB aRAND CANAL.
re Hoai */io fH fpf. La sous-préfecture de T'ai tcheou ^ i|tj (1)
participe à la fois aux irrigations maritimes et fluviales ; aussi
c^est une des plus florissantes ; le sel fait sa richesse. Enfin la
sous-préfecture du Kan'ts'iuen hien "^ j^ J|^, dont le territoire
est plus élevé et muni de moins de canaux, voit souvent ses cam-
pagnes stérilisées par la sécheresse, et ses habitants obligés de
chercher des sites plus fortunés. L'immense plaine du Yang-tcheou
fou, très peu accidentée et entrecoupée par une infinité de canaux,
est une conquête faite sur l'Océan qui chaque jour lui cède quel-
ques pouces de terrain et lui procure de précieuses salines.
Incontestablement les eaux peuvent être une source féconde
de richesses, encore faut-il se donner la peine de les utiliser. Qui
pourra jamais redire les immenses travaux qu'elles ont demandés
aux Chinois, les sommes fabuleuses d'argent qu'elles ont exigées
et les affreux malheurs qu'elles ont causés? La suite de ce travail
le fera quelque peu connaître. Une autre observation préliminaire
bonne à consigner ici, c'est que d'incessantes modifications et
parfois les plus brusques catastrophes changent l'hydrographie de
toute une contrée, de sorte qu'en géographie ce qui était vrai il y
a vingt ans peut ne l'être plus aujourd'hui. Nous verrons plusieurs
exeniples frappants de ces bouleversements. Il faut donc se défier
des ouvrages composés dans le cabinet avec le secours d'ancien-
nes publications ou des manuscrits de vieille date, tours rensei-
gnements de seconde ou de troisième main.
. Du moins dans cette étude que nous consacrerons au Canal
impérial, le lecteur ne trouvera que des renseignements pris sur
les lieux ou tirés des auteurs chinois (2), plus sûrs dès lors que
II. pag. 175) cette erreur: <(I1 paraît que les Chinois se trompent lorsqu'ils traduisent Yang
Ue par le fils de la Mer : carie caractère dont on se sert pour écrire Yang \Jf§} est différent
de celui qui signifie la Mer, quoique le son et l'accent soient les mêmes. Parmi plusieurs
significations qu'il a, celle qu'on lui donnait autrefois, appuyé cette conjecture: du temps
de l'Empereur Fu -jË , il signifiait une Province de la Chine, que ce Fleuve borne au Sud,
et il est croyable qu'on lui a donné ce nom, parceque cet Empereur détourna dans ce Fleu-
ve, les eaux qui inondoient cette Province.» Cette note est extraite littéralement d'une
lettre du P. Le Comte au Comte de Crécy. (Nouveaux Mémoires. T. I. pag. 234).
(1) Kao-yeou tcheou et T^ai tcheou dépendent de la préfecture jj^ fou comme de
simples JH hien^ quoiqu'ils aient le titre de Jn tcheou^ ou de villes de 2* ordre.
(2) Outre les ouvrages généraux d'histoire et de géographie consultés par nous et
dont nous croyons inutile de rapporter ici les titres, nous nous sommes aidé dans la rédac-
tion de nos notes, des Chroniques spéciales et des Traités qui suivent :
9f /H W * Yang-tcheou-fou tche. Chroniques de Yang-tcheou. — Jj^ W^ jt] î^
Kao-yeou-tcheou tche. Chroniques de Kao-yeou. — iB fi ™ ® Hoai-ngan-foti tch^.
Chroniques de Eoai-ngan — iff 7^ JIb îS TsHng-ho-hden tche. Chroniques de TsHng-
ho-hien. — fH Hf ^ tI ^ H Hoai Yang choei-îi ta^iuen-tou. Bienfaits des eaux du
Hoa/i ho et du Yarig-tae kiang. — S /M ^ tS K Yang-tcheou choei tao ki. Voies
navigables dans le Yang-tcheou fou.
OiNiRALITÉS.
ceux qui se lisent dans certains écrivains ou compilateurs trop
vantés (1).
(1) Ces dernières paroleH ne visent rjue certains ouvrages do vulgarisation, dont les
auteurs n'ont point choisi leurs documenta avec une critique assez sûre. Nous rendons
justice au contraire, aux vovAiL^trurs sérieux, inibsionnaires et autres, qui d<*imis tiois siècles
ont décrit ce qu'iU* ont vu. Bii-n que la préH»>nte étude soit surtout his torique, nous ferons
dans ces notes de larges emprunts à ces descriptions consciencieuses.
Ë^Ha»^-'
CHAPITRE IL
-o-o>0<0*-
ANCIEN CANAL IMPÉRIAL
« j f, ^
Les travaux du Grand Yu. — Jonction du Yang-tse ftiang
et du Hoai ho (48 av. J. C). — Canal «du transport du Sel». —
Réparation du Yun^liang ho (243 ap. J, C). — Nouveau Canal de
Chan-yang ho (595 ap. J. C). — Canal de Hang^tcheou au Yang^
tse hiang (605-616).
^X-3e<
CHAPITRE II.
-¥y^<-
ANCIEN CANAL IMPERIAL.
Dans les temps les plus reculés, à Tépoque de Yao ^, qui
vivait, si nous en croyons la chronologie chinoise, 2357 ans avant
J. G., il y eut en Chine, au dire des Annales, un afireux déluge qui
submergea tout Tempire. Cent cinquante-deux ans plus tard les
grandes eaux s'étaient retirées, mais elles avaient laissé de nom-
breux lacs et marais, et les fleuves, n'ayant point encore leurs
cours bien réglés, inondaient souvent les terres ensemencées. Tout
était en souffrance, à cause du chaos qui existait encore dans ces
vastes contrées. La divine Providence suscita alors le «grand
Yu» ^ ^' Ce puissant génie, disent les Annales des Ilia ^ |[f,
coupa leç arbres, fixa les hautes montagnes et les grands fleuves
et partagea le territoire chinois en neuf grandes provinces ji )t\,
YanQ'^tcheou ^ ji{ était la plus importante de toutes. Elle com-
prenait le Kiang^si ^ J§, le Tché-kiang JJf ùl» ^^ Fou^kien jg .}J,
une partie du Ho-nan ^ ^, du Koang-iong jK ;$, du Flou^koang
jjJS jHÎ et le Kiang^nan ^ î^', moins^ la partie située au nord du
Hoai /lo ft )pj (1).
Après un travail acharné de huit années consécutives, le
«grand Yu» rentrait dans ses foyers; il avait bien mérité de la
patrie. Les rivières et les fleuves coulaient dans leurs lits. Le
Kiang f£ avait fait précéder son nom générique de Yang-tae ^ ^,
nom de la plus vaste province qu'il arrosait, et allait se jeter dans
r Océan pacifique ainsi que le Hoai ho. Nous verrons plus bas
que ce dernier fleuve a renoncé à son cours primitif et que main-
tenant il vient par divers canaux grossir le Yung-tse kiang. Le
Hoang ho ^ fj^, fleuve Jaune, avait alors choisi son embouchure
dans le golfe du Tche-li j|[ ^ (2). Dans la suite des siècles il
en changera souvent remplacement, car saturé de limon il en
remplira peu à peu son lit et devra alors s'en chercher un autre
ailleurs.
Bien des siècles s'étaient succédé et le cours ancien des
fleuves avait subi de profondes modifications. Ici la vase avait
I - - - - — — — ■■ - — — I * —
(1) Voir les !«' et 2* Volumes da Cur$u9 lUt, tiniem du P. ZottoU, ainsi qus sas oartes
géograptûqoes.
(S) A&nales de 1» dynastie des Sia \SL V/*
8 LE GRAND CANAL*
fait dévier le cours primitif; là s'était formé un nouveau torrent.
De nombreuses campagnes restaient encore couvertes de mares
croupissantes et la terre arable ne pouvait suffire à nourrir ses
habitants dont le nombre croissait chaque jour. Il fallait donc
chercher les moyens de se procurer des vivres. La nécessité rend
ingénieux. Le peuple se ât canalisateur.
Confucius qui vivait (551-479 av. J.C.) sous la dynastie des
Tcheou ^ fQ, est le premier auteur qui ait consigné dans ses
écrits ce genre de travail. Dans son ouvrage intitulé Tch'oen-
ts'ieou ^ flic il dit que nNgai kong ^ ^, marquis de Lou, à la 9*
année de son administration (l'an 486) ayant construit la ville
Han tch^eng f|J jj^, et ouvert le canal Han keou tlî j)|) le Kiang
2£ fut mis en communication avec la Hoat f{|».
Les nombreux commentateurs du grand écrivain sont loin
d'être d'accord sur Texplication de ce texte. Qui voudrait les
suivre dans leurs conjectures diverses, n'aurait qu'à lire le Yang-
tcheou choeUtao ^i jft ^41 pfC ^ lË «Mémorial des voies navigables
dans le Vang-fc/ieou». Voici ce qui semble le plus certain.
La nouvelle ville Han tch'eng, située à quatre H au midi de
Koang^ling ^ ^ n'était pas fort éloignée du Yang-tse kiang. Le
canal Han^heou f\\ jf| s'ouvrait dans ce fleuve, baignait les murs
de la nouvelle cité dans laquelle on entrait en passant le pont
appelé Lo kHao j^ i^. Il continuait son cours vers le nord, laissant
à sa droite et à sa gauche les lacs de Lou^yang ^ ^ et de Ou-^koang
^ Jî, traversait les lacs Fan-liang US, Po-^tche •{# j|^, Chè-yang
^ 1^ et se jetait dans le Hoai ho à Mo-k'eou i^lï p. Ce n'était
que la liaison de trois lacs par une série de canaux. Pour un
premier essai, c'était un beau travail.
L'ingénieur avait relié, par une belle voie navigable, deux
grandes artères fluviales, distantes de plus de 30 lieues, qui commu-
niquèrent ainsi facilement entre elles. Dans ces temps anciens le
Kiang refluait vers le nord et alimentait le canal jusqu'à la Hoai.
C'est le phénomène contraire qui s'observe aujourd'hui.
Ce premier canal servit de modèle; dans la suite des âges,
on en creusa une infinité d'autres de plus ou moins d'importance.
Ils assainissent les terres voisines qui deviennent aptes à la cul-
ture, et ils sont de précieux réservoirs pour arroser le riz qui
naît, croît et mûrit les pieds dans l'eau. Ils sont aussi les grandes
voies de communication. Dans ces pays maritimes, le principal,
l'unique véhicule c'est la barque. Il y a en effet des régions dans
le Hia-ho où Ton ne peut faire route, visiter son voisin sans une
embarcation.
Dans cette contrée fort basse, le gros bétail est extrêmement
rare. Le fermier nourrit tout au plus un buffle et un âne pour
labourer ses terres ; il n'est pas rare de voir les serviteurs du petit
propriétaire traîner eux-mêmes la charrue, dans l'eau jusqu'aux
genoux. La rudimentaire brouette supplée la barque dans les
Xoedlu
Mu-iuan
é
(1
^.«.
iMhAiaMÉM
>^
sous LA DYNASTIE TCHEOU
(1122. S49 *». J.-C.)
PI 7.
ANCIEN CANAL IMPERIAL. ^
quartiers où celle-ci ne peut aller, et le voyageur qui veut ména-
ger son jarret, y peut aussi trouver un âne mal sellé. Mais reve-
nons à notre sujet.
La fameuse dynastie des Tcheou régnait encore et avait tran-
porté sa capitale du Chen-si |^ |f à Lo-yang f^ ^ dans le Ho-
nan. Le nouveau canal lui servait peu à faire ses approvisionne-
ments. La dynastie des Ts'in ^ ^ qui lui succéda (249-206)
n*eut pas le temps de s'occuper de canalisation. Ts'in Che-hoang
^ia ^ construisit la grande muraille et unit sous sa domination
les quinze fiefs qui composaient Tempire des Tcheou. Ses
deux âls furent indignes de s*asseoir sur un trône. L'aîné le souil-
la de ses crimes durant trois ans, et le cadet au bout de qua-
rante-cinq jours le livra à son compétiteur.
Les Han ]g| qui durant 469 ans eurent leur capitale succes-
sivement à Tch'ang-ngan g ^ dans le Chen-si ^ |g^, à Lo-yang
f^ ^ dans le Ho-nan et à Tch'eng-iou jjjç, ^ dans le Se-tch'oan
Q )||, ne se virent pas non plus dans la nécessité de curer le
Canal des transports; mais lorsque les deux généraux, vainqueurs
du faible Hien H, l'eurent relégué au Se-tch^oan et eurent fondé
les Trois royaumes, Han, Ou et Wei ^, ^, f|, la paix fut rétablie
et les rois redevinrent canalisateurs. C'était vers l'an 225.
Les anciennes Chroniques de Yang^tcheou rapportent qu'un
roi de Ou^kouo ^ g creusa le Yun-ijen /lo ^ g| fpf, Canal du
transport du sel. Ce grand canal qui s'ouvrait dans le Yun-
liang ho au nord de Wan-t'eou Ht M ^ douze H de Yang tcheou,
coule soixante-dix li et entre dans le territoire de T'ai tcheou à
Teou-men =|* f^; il continue son cours à l'est cent soixante li et
arrive à Hai-ngan ^ ;$ où il pénètre dans la sous-préfecture de
Jou-kao ^ J^; il descend au sud-est cent dix li et arrive sur le
territoire de T'ong tcheou j£ ^ à Pé-p'ou j^ ^; de là il parcourt
soixante-dix li à Test et trouve Sin-sat j^ £ où il entre dans le
Ilai'-men Ving ^ p^ jH; il y fait quatre-vingts li vers l'est et
aboutit à la saline de Liu-se g Q. Sur son parcours il dessert
toutes les salines qui sont le long de la côte; d'où lui viennent ses
noms de Yun^yen ho. Canal du transport du sel, ou de Tc^i'oan-
tch'ang /lo ^ ^ jp)', Canal de la série des salines.
Primitivement ce canal était alimenté par les eaux du Yang^
tse hiang qui y pénétraient par le Yun-liang ho. Maintenant ce
sont les eaux de la Hoai et des lacs qui rendent cette voie navi-
gable. Elles y entrent à six li au midi du bourg de Chao-pé 1^ fg
à la sixième écluse, Lou-^tcha ^ ^ ; leur niveau est plus ou
moins élevé suivant les saisons de l'année.
Le Canal du sel est presque aussi fréquenté que le Yun^
liang ho. L'administration des sels est divisée dans le Nord du
Kiang-fiou on trois sections : T'ong tcheou. T'ai tcheou et Hai
tcheou. Les sels de Hai tcheou s'en vont par le Hoai ho approvi-
sionner les provinces centrales de l'empire. Les sels des deux
10 LB QRAND CANAIi.
autres sections doivent tous passer sur le Yuu'-yen ho* Le T'ong
tcheou expédie directement les siens sur de grosses barques qui
en chargent 808 et même mille tan ^ (1). Ceux de la section 'de
T'ai tcheou viennent sur de petites barques jusqu'à la porte du
nord de cette ville. Là un barrage interrompt la circulation des
embarcations. Les sels sont transbordés dans les grands bateaux
qui doivent les transporter à C/ie-eu!-wei (yu) -f- Zl ii*- La rou-
te se fait péniblement et à petites journées^ car la charge est lour-
de et le courant est contraire jusqu'à Lou^tcha. On attend le vent
favorable, mais souvent la voile est trop faible. Alors il faut ap-
peler des gens de peine pour haler ces pesantes galères. Quelque-
fois on voit vingt, trente et quarante malheureux ou malheureu-
ses, attelés à la corde, tirant de toutes leurs forces et se pliant
ventre à terre pour faire avancer le bateau de quelques pieds.
Ordinairement ils le traînent avec entrain, s'excitant à la marche
par quelques cris cadencés à la manière des hommes de mer.
Ces grands bateaux ne s'arrêtent pas aux petites douanes. Ils
ont payé les droits à T'ai tcheou et à Kang-fc/ieou. A quinze H
au sud de cette dernière ville, ils arrivent à San-tch'a ho H tSt
^. Là le Canal impérial se bifurque pour se rendre au Ktang 2L.
Les barques de sel, pour éviter la navigation dans le fleuve, trop
dangereux pour elles, prennent la voie de I-tcheng f| ^ et parvien-
nent à C/ie-eui-wei + 12 tf qui n'en est éloigné que de douze
lu Elles transbordent de nouveau leur marchandise dans de gros
navires qul^ pouvant affronter la périlleuse navigation du Kiang,
vont porter aux provinces de l'est le produit des salines des bords
de la mer Jaune.
Che^eul'^W'ei + H tf est un gros bourg, situé sur la rive
gauche du Kiang, Il n'a que vingt ans d'âge. Autrefois le trans-
bordement du sel dans les gros navires se faisait à Lou^/iao-A'eou
^ Uj P en face de Tchen^kiang. Mais depuis que cette ville est
devenue un port ouvert aux Européens, un grand nombre de ba-
teaux à vapeur y abordent» Leur circulation dans le fleuve contra-
riait les marchands de sel ; C/ie*cuZ-wei leur fut assigné, pour y
établir leur entrepôt. Aujourd'hui leur station y est en toute
sécurité.
Tandis que le roi de Ou^kouo faisait le Canal du transport
des Sels )S El {iï' ^^^^^ ^^ Wei-kouo f| gi remettait en état de
navigation le Yun^liang ho. Canal du transport du tribut. Il avait
grand besoin de réparations. Il comptait déjà 730 ans d'existence;
bien des améliorations étaient devenues nécessaires. Le lac Po^
tche était obstrué, l'eau y manquait. On fit passer la voie par le
Lac Tsin^hou ^ fl9 et on recreusa tout le Canal, en l'élargissant.
(1) Le tan nommé souvent picnl est une mesure de capacité dont la contenance varie
de 100 à 100 livrée.
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SOUS LES CHOU HAN.
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ANCiftH GJLlOi. tliPiltlAL* 11
Voici comnient l'ouvrage T*ong*'hien jg 9| «Histoire générale»,
rapporte le fait.
La 4* Année Tchen{fH:he JE ^ (243 de Tère nouvelle), le roi
de Wei Commanda de développer l'étendue des terres arables dans
les provinces de Yang et de Yu ^ ^ j^\. Le premier ministre
Teng Ngai fi ^ en conféra avec les conseillers de Tempire.
Il leur dit : «Lorsque T'aUt^ou :j(cjjj|[ fondateur de la dynastie des
Han^eut mis fin à la révolte des turbans jaunes ^ ifj. il s'occupa
à rendre fertiles les campagnes, pour procurer au peuple une nour-
riture abondante. Maintenant les Trois Royaumes sont heureuse-
ment en paix ; il nous faut assainir leis campagnes situées au sud
de la Hoai et les principautés de Tch^en et de Tsai ^ |||. Vingt
mille ouvriers travailleront au nord du fleuve et trente mille au
midi. Puis quand nos terres seront en bon état, une partie des
hommes les cultiveront, et l'autre les défendra. Nos terres nous
rapporteront du rix en abondance, nous pourrons couvrir les fVaifi
de nos travaux et faire encore de bonnes réserves. Alors nous
n'aurons plus rien à craindre du royaume de Ou,^ Le ministre de
la guerre pj ,1^ trouva le projet excellent. Cette année même on
mit la main à l'œuvre. Le« travaux terminés, le Kiang était de
nouveau en communication avec la Hoat; on avait fertilisé les
campagnes, on s'était prémuni contre les inondations et on s'était
préparé, en cas de guerre, une voie facile pour se transporter chez
l'ennemi {i).%
Mon géographe signale les modifications faites au Canal des
transports durant la suite des siècles. 8es explications, jointes
&UX doux tableaux suivants, font suffisamment connaître celles qui
sont survenues sous la dynastie des Tsin qui mit fin aux Trois
Royaumes.
Des cinq petites dynasties qui, après les Tsin, gouvernèrent
«âccessivement l'empire, de 420 è 618, celle des Soet (f s'eirt
rendue célèbre par ses travaux de canalisation. Souvent le Yurt'-
liang ho étant encombré par un trop grand nombre de barques qui
montaient ou descendaient le courant, la circulation était très diffi-
cile surtout durant l'hiver. Wen H Bf ^ ^ voulut remédier à cet
inconvénient. La 7" année de son règne (595), il occupa plus
de cent mille ouvriers à creuser le Canal de Chan-yang ho \ji fj^
^. Long de trois cents H sur une largeur de quarante pou j^,
mesure de cinq pieds, il était à peu près parallèle au y'un ho
auquel il aboutissait par ses extrémités. Au midi il s'ouvrait
dans le Yun-yen ho près de I-ling ^ |^, bourg situé à soixante li
nord-est de Koan^-hng. Il passait à Fan-tch'a f| ^ à San-iou
H iSli autre bourg à 45 It est de Kao^yeou 'J^Bj^^ et allait se perdre
(1) Voir le Tong-Jcien-kien-yao jfe S S 9) Abrégé de Thistoire générale, à la
dynastie des Han,
12 LE GRAND CANAL.
dans le Ché^yang hou. Cette nouvelle voie de navigation eut ses
beaux gjours de succès, mais l'entretien de deux canaux était
ruineux; elle n'existe plus aujourd'hui que par découpures et est
pratiquée seulement par les barques des riverains. Yang ti J]^ ^,
fils du précédent empereur, fut comme lui un zélé canalisateur.
Il remit en très bon état le Yun ho, de sorte que les bateaux
communiquaient facilement du Kiang à laifoat. C'est le but que
s'étaient jusque là proposé les économistes.
Relier par une voie navigable les provinces centrales de
l'empire à celles du nord, c'était déjà un résultat admirable. Mais
ce n'était pas assez pour l'empereur Yang ti. Une inspiration de
son génie lui révéla la possibilité de faire communiquer le fleuve
Bleu à la mer par le sud-est, et son intrépide activité lui fit réaliser
son projet.
L'exécution de cette partie du Canal impérial ne présenta
par grandes difficultés, car le terrain est presque uni, la pente
douce et l'eau ordinairement assez abondante; son entretien deman-
de aussi moins de travaux et de dépenses que celui de la partie cen-
trale où les inondations souvent détruisent tous les ouvrages pré-
cédents. La navigation y est aussi plus commode, car si parfois
la barque est retardée par les ponts, elle n'a à passer ni écluses,
ni rapides. Ce Canal fut réparé par plusieurs empereurs de la
dynastie des Song (960-1280) et particulièrement par Hiao tsong
$^ ^, qui en 1181 l'élargit et le creusa plus profondément. A.
cette époque Hang^tcheou )^ ^ était devenue la capitale de l'em-
pire. On y voyait affluer du fleuve Jaune et du fleuve Bleu les
jonques mandarinales amenant les gouverneurs des provinces, pour
rendre leurs hommages au fils du Ciel (1).
L'histoire du premier Canal impérial se termine sous la dy-
nastie des Song vers l'an 1078. Il comptait déjà 1563 ans d'exis-
tence; son étendue de Ts'ing^ho hien à Hang^tcheou était de 1200
I —
(1) .Sur cette section méridionalo du grand Canal, outre les récits des ambassades
déjà citées, le lecteur pourra consulter dans Du Haldc. T. I. pp. 61, sqq, la ccRoute qae
tinrent les Pères Bouvet, Fontaney, Gerbillon, Le Comte et Visdelou, depuis le port de
2sing-po (ÎÇ fflE/ jusqu'à Peking.» Les particularités les plus curieuses de ce Canal, sont
d'une part, le barrage qui sépare la tête du Canal de la baie de Hang-tcheou ; de l'autre,
le mode de communication avec certains canaux latéraux. Le P. Le Comte (Nouveaux Mé-
moires; Lettre i\ M. le Comte de Crécy) donne, accompagnée d'une gravure, la description
de ce passage que le P. du Halde (T. I. p. 33) a ainsi résumée : «Les eaux d'un des canaux
qui va de Chao-hing fou (Îq S/ ^ Ning-po fou (3Ç jjt) no se trouvant pas de niveau
avec l'autre, on ne laisse pas de faire passer le bateau, en le guindant par le moyen de deux
cabestans, sur la pointe d'un glacis de pierre, moHillé d'un peu d'eau, et en le laissant en-
suite tomber et glisser par son propre poids dans le second Canal, où il est lancé durant
quelque tems, comme un trait d'arbalêtre; et c'est pour faciliter ce passage que ces bateaux
sont faits en forme de gondole, et ont une quille d'un bois fort dur, et capable de soutenir
tout ce poids de la barque.j»
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(762 ap. J.-C.)
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SOUS LES SONG.
(9e0'lt79)
Jtar.
ANCIEN CANAL IMPÉRIAL. 13
II, c'est à dire, de 700 kilomètres. Son point central était le fleuve
Bleu qui Talimentait en partie de l'abondance de ses eaux. Il
baignait et reliait pour la facilité des voyages et des transports,
quatorze villes dont sept sont chefs-lieux de préfecture et autant
de sous-préfectures. De plus il était bordé d'un grand nombre de
bourgs considérables, très peuplés et très commerçants. La suite
fera voir que le Canal impérial est encore à la hauteur de sa
destinée.
14
CHAPITRE III.
NOUVEAU CANAL IMPÉRIAL.
-H-H-
Chang'ho et Hia-ho. — Déversoirs latéraux sur le Hia^ho.
— Digues maritimes. — Déplacement du Hoang ho (107). — Lac
Ilong^tché. — Ouverture du Canal du Hoang-ho à Pé^king (1289-
1292).
*^^X^^
IS
CHAPITRE III.
NOUVEAU CANAL INPÉRIAL.
Ici il est bon, pour rendre notre récit plus intelligible, de le
faire précéder de quelques observations.
Remarquons en premier lieu que Tancien canal était alimenté
par le Yang-tse kianrj, qui coulait du sud au nord et mettait en
circulation les eaux des lacs, tandis que le nouveau le sera par
la Hoai qui coulera en sens inverse. Le nord étant devenu plus
élevé que le midi, le courant a naturellement suivi rinclinaison
du plan.
Cette variation de relief du sol a pour cause au moins partiel-
le le cours du Hoang ho (1). Ce fleuve qui court près de six mille
It (4500 Kilom.) avant de se jeter dans la mer Jaune à laquelle
il donne son nom bien mérité, charrie dans son lit une quantité
extraordinaire de limon (2). Chaque jour en apporte une nouvelle
couche; le lit s'élève et il faut exhausser d'autant les jetées latéra-
les. Plus elles sont hautes, plus est grand pour les habitants de
la plaine le danger de voir le terrible fleuve briser ses digues et
aller semer dans quinze ou trente sous-préfectures, la désolation
et la mort. Lorsqu'il est sorti de chez lui, l'épouvantable voya-
geur cherche à se créer une nouvelle voie à TOcéan. Souvent il
(1) Il serait difficile de dire si ce cbangoment est dû aussi en partie à l'inégal soulè-
vement du sol provenant d'une cause soutorraine. Cette hypothèse ne parait pas dénuée de
toute probabilité. On pourra lire sur cette question un intéressant article de M. Bickmore,
publié en 1868 dans le Journal ofthç IforthChina Branch ofthc lîoyal Aaiatir Society, et
Ayant poiy titre : Some remarks on récent élévations in China and Japan. L'auteur admet
l'élévation du sol comme actuelle pour le Nord de la Chine: «rSuch a change is aetually
taking place,» tandis qu'il la croit momentanément suspendue pour la région du Tang-ite:
«The région about the mouths of the Yangtse bas also been lately raised, thougb it may
DOW be in a state of rest.» Ces anciens soulèvements des bouches du Yang-fae pourraient
servir à expliquer le fait, qui semble bien constaté parles documents historiques, de l'abais-
sement notable du niveau dans le débit du Kiang, dans les temps modernes.
(2) H. B. Guppy, dans ses a Notes on the Hydrolog^' of the Tellow River» (Journal
^f thé N. Oh. Branch ofihe H. As. 8oe. t881 J n'a malheurensemMit pu nous fournir sur la
quantité de sabla charriée par le fleuve Jaune, que le chiffre donné par Rir G. fttanntoii
à la êuiie d'tme seuls obêervation. La pioportion serait de plus de 80 graine par pinte, soit
(l'MvtMQ 1A90I
16 LE GRAND CANAL.
rencontre et suit un cours d'eau qu'il creuse et élargit à sa taille.
Lorsqu'il l'aura rempli de son sable encombrant, il cherchera ail-
leurs. Du fleuve Blanc ^ f^ au fleuve Bleu ou Kiang le fleuve
Jaune -jf fpf promène ainsi ses flots boueux sur une étendue de
1400 li (800 Kil.). Partout il élève le territoire qu'il arrose et pro-
duit des changements considérables dans les cours d^eau.
Le Hong-tché'hou ^ ^ jj^ est un des grands lacs tlu Kiang-
sou. Il mesure, disent les auteurs chinois, quatre-vingts li de long
sur vingt de large. Il se trouve au sud-ouest de Chàn^yang hien
^] 1^ a HoaUngan fou, A l'est il touche au territoire de Kao-
yeou et de Pao-yng; soixante-douze montagnes lui envoient du Ho-
nan, du Ngan^hoei ^ 4K et autres provinces, le produit de leurs
eaux par la Hoat fH ^ et autres rivières plus ou moins im-
portantes. Ce lac, dans lequel se décharge la Hoai, en aval
de la sous-préfecture de Ou^ho 5 J^, et dont les eaux s'écoulent
au nord-est et au sud-est par le Canal impérial, va devenir pour
le département du Yang-tcheou fou et les voisins une source de
grande fertilité, mais parfois aussi d'épouvantables cataclysmes.
Les crues énormes auxquelles ce lac est soumis deviennent en
effet pour les populations riveraines dudit canal un danger inces-
sant, depuis que par suite de l'exhaussement de ses fonds, le
fleuve Hoai s'est vu transformé en rivière ayant son principal
écoulement par le canal. Dans ces moments critiques, la rupture
accidentelle de la digue orientale du canal devient fatale à tout
un peuple qui habite la contrée dite Hia^ho f ^, immense
polder, qui s'étend jusqu'à la mer.
Le nouveau Canal de transport du tribut impérial n'est pas
sorti tout d'un coup du cerveau d'un ingénieur habile et ne peut
nullement être comparé aux canaux d'Europe, creusés régulière-
ment d'un fleuve à un autre : ce sont les circonstances qui l'ont
imposé; c'est l'œuvre de plusieurs Siècles. Que d'essais, que de
changements avant d'arriver aux limites actuelles ! Que de millions
d'ouvriers y ont laissé la vie ! Qui comptera les milliers de
mandarins qui y ont perdu leur bouton honorifique, pour n'avoir
par prévenu les désastres des inondations? Ce n'est que vers la
fin du règne de K'ien-long ^g jH (1736-1796) que le Yun ho eut
un cours définitivement réglé. Après beaucoup de tentatives et
de changements, on parvint enfin à un bon aménagement des
canaux, des arches, des petites et grandes écluses, qui fonctionnent
du nord au midi et de l'est à l'ouest. La nécessité de la lutte
pour la vie pouvait seule déterminer le peuple à ne pas renoncer
à son entreprise et à recommencer cent fois ce qu'il savait n'être
que de courte durée.
Le niveau de l'eau subit de grandes variations. Les ingéni-
eurs du Yuu'-liang ho ont su pratiquer dans la digue orientale
plusieurs espèces de déversoirs qui servent à arroser les cam-
pagnes du Hia-/io ou à soulager les digues qui bordent le Canal,
NOUVEAU CANAL IMPÉRIAL. 17
à répoque des grandes crues. Les Chroniques de Kao^yeou en
indiquent de trois sortes; le long ^, le tcha ^, et le pa ^. Il
est bien important de les connaître pour pouvoir suivre la pré-
sente étude.
Le long est une bouche de décharge, d'un à trois pieds et de
forme quadrangulaire. Cette petite ouverture est assez élevée dans
la jetée; Teau qui s*en échappe va faire mûrir le riz. Il n'est
pas nécessaire de la fermer. Car à sa hauteur il y a suffisam-
ment d'eau pour le service des barques.
Le tcha tient à la fois du barrage et de Técluse européen-
ne. Mais au lieu de se présenter en travers du canal, elle est
pratiquée dans la digue qui le borde, ou le long du canal lui-
même. On peut rouvrir ou la fermer à volonté par le moyen de
gros madriers superposés horizontalement, que l'on fait glisser dans
les coulisses creusées le long des massifs de pierre qui com-
posent le corps de l'ouvrage. Ces tcha servent à retenir l'eau en
tout ou en partie, suivant la hauteur à laquelle on place les madriers.
A l'époque des hautes crues; on les ouvre, et Teau qui passe se
précipite en bouillonnant dans un canal qui la conduit à travers
les campagnes basses où Ton cultive le riz.
Le pa est bien plus considérable que Técluse. C'est une par-
tie de la digue de l'étendue de plusieurs centaines de pieds, faite
de roseaux et de terre, susceptible de s'enlever et de se refaire assez
facilement. Elle est assise sur un seuil de pierres de taille, limi-
tée par des joues également en pierres. Lorsque les eaux sont
tellement grandes qu'il y a danger que la digue ne se brise quelque
part, on ouvre le pa, en enlevant au centre seulement une ou deux
fascines de roseaux, qui composent cette digue volante. Bientôt
l'eau se précipitant par cette petite issue, l'agrandit, et en vertu
des lois de l'hydraulique, entraîne avec elle roseaux, terre, gazons,
etc. ; ses flots se précipitent, en tombant avec fracas comme une cas-
cade, dans un vaste canal creusé pour les recevoir, et vont remplir
les milliers de rigoles dont la campagne du Hia-ho est sillonnée.
Si après la moisson on ouvre seulement un pa, les cultivateurs
sont très contents, car les eaux déposeront dans leurs champs un
précieux limon qui est un véritable engrais.
Dans la lecture de nos Chroniques on rencontre souvent les
caractères Hiaho f fpf, Chang-ho Jt fpf. Hia-ho signifie inférieur
au canal, et Chang-ho supérieur au canal. Chang-ho est le nom
donné au territoire situé à l'ouest de la digue occidentale; il est
ainsi appelé, parce qu'il est plus élevé que le lit du canal. Au
contraire la région que se trouve à l'est de la digue orien^le, est
nommée Hta-/io, parce que son sol est inférieur au lit du canal.
Du sommet de la digue il faut descendre quinze à vingt marches
avant d'arriver au niveau du sol (1). Le Hia-ho qui est limité au
(1) Dans le Voyage de l'ambassade hoUandaise (Philadelphie, 1797 p. 312), van Braam
2
18 . LS eHAND CANAL.
midi par le Canal du transport des sels, comprend la majeure
partie du Yang-tcheou fou. Cinq de ses sous-préfectures y ont
leur chef-lieu. Il compte notablement plus de deux millions
d'habitants.
Pour compléter les lignes générales du régime des eaux de
cette contrée, il nous reste à parler de plusieurs autres travaux
entrepris à l'est du Canal impérial, et tout d'abord d'une digue
maritime qui courant le long de la côte, parallèlement au Yun ho,
borne le Ilia-ho du côté de la mer. Cette digue appelée Fan-kong
^^ ?S S ^ commence au nord de Yen^tch'eng, descend vers Hing~
hoa, Tong-t^ai, T'ai tcheou, puis s'infléchit vers le sud-est et s'étend
jusqu'au delà de T'ong tcheou. Elle mesure une étendue de (582)
cinq cent quatre-vingt-deux H, Elle remonte à la dynastie des
T'ang J^. Dans les années de règne Ta-fi :^Jg, /^i Tcheng ^^ en
commença les travaux dans le district de Tchou tcheou ^ j^\^
maintenant le HoaUngan fou, et les continua jusqu'à Hai-ling i^ f^
ou T'ai tcheou. On voulait protéger les habitants du Hia^ho et
leurs propriétés contre les marées de l'Océan. Le projet était bon;
aussi fut-il repris sous la dynastie des Song, La b^^^ des années
de règne T'ien-cheiig ^ |g (1027), Fan Tchong^yen ?Ê ftjl :^,
mandarin de Hing-hoa, prit à cœur cette œuvre grandiose. Il
s'entendit avec les autres sous-préfets ses voisins, réunit les
fonds nécessaires et refît la première digue maritime sur une
étendue de (143) cent quarante-trois H.
Il lui donna trente pieds à la base, dix pieds à la superficie,
et quinze pieds de hauteur. Plus tard elle fut continuée sur le
même modèle dans le territoire de Jou^hao j|| J^ et de (Nan)
T'ong tcheou jj| j|t|. Partout elle porte le nom de Fan^kong ti,
digue du Seigneur Fan. Les toen ^, ou éminences de vingt à
trente pieds de hauteur, que Ton voit encore le long du rivage de
la mer, étaient des lieux d'observation. On en comptait quarante-
trois. A chaque poste étaient deux soldats qui devaient surveil-
ler soigneusement et observer ce qui se passait dans le lointain.
Ils se servaient de feu et de fumée pour annoncer l'arrivée des
pirates ou des hautes marées. On a parlé ailleurs (1) des terribles
constatait à la date du 10 mars, que vers Chao-pé «les terres sur le cûté oriental du canal
sont de dix pieds plus basses que la superficie do l'eau, et toutes d'une nature excellente
pour le labourage.» A notre époque M. Alabaster dans le récit d'un voyage cité par le Col.
Yiile (vol. II. p. 136.) écrit qu'à «Kao-yeou la contrée à l'est dn Canal est de 20 pieds
environ au-dessous du niveau du Canal.))
Cette variété d'estimation dans la différence des niveaux est due surtout à ce que
les observations ont été faites à plusieurs époques de l'année. On verra plus loin en effet
l'influence remarquable des crues sur le débit du Canal, surtout dans cette portion qui est
tributaire du Iloai-ho.
(l) Variétés sinologiques ii« 1. L'Ile de TeoTiff-min^, par le P. H. Havret, 8. J,
XTIII. Les tempêtes.
PU FLEUVE BLEU A TSING-KlAh
Hydrognphia 'féoérmle.
■•m^bmmAi
fi)
bU ntUVK iLiU A TSINO-KIAN&
*r««5y.
■•»*pii»"i""r*"*'
NOUVEAU CANAL IMPÉRIAL. 19
raz-de-marée qui sont venus fréquemment désoler cette côte. Inu-
tile dès lors d'en multiplier ici les exemples; un fait tout récent
suflira. Il y a une dizaine d'années, une de ces gigantesques ma-
rées se jeta de nuit dans le Hia-ho, Des milliers d'individus,
surpris dans leur lit, y périrent sans avoir eu le temps de se
reconnaître. Les toen ne sont plus gardés. Depuis que les mers
sont partout sillonnées de navires à vapeur, les pirates sont deve-
nus rares, et il semble d'ailleurs que les raz-de-marée soient aussi
devenus moins fréquents sur cette côte.
Dans la digue maritime sont pratiqués dix-huit barrages ou
écluses de décharge. Quelques unes d'entre elles ont une ouverture
de plus de vingt pieds. Elles ont pour but, tout en empêchant la
marée de pénétrer dans le Hia-ho, de donner une issue vers la
mer aux flots des inondations venues de l'intérieur. Autrefois ils
s'y portaient par six canaux principaux qui tous coulent vers le
nord. Le Sin-yang kiang 1S( W î^ dans le Yen-tch'eng hien ^
m JR 6St le seul qui ait conservé quelque importance. Son em-
bouchure à la mer est à trois cents H de Yen-tch'eng. C'est un
lieu très fréquenté. Beaucoup de grands bateaux y apportent des
marchandises de toute espèce. Ils s'ancrent au rivage et trans-
bordent leurs cargaisons sur des barques du pays qui les trans-
portent au nord de la cité, où il se fait un grand commerce.
Entre la digue Fan-kong ti et l'Océan, s'échelonnent onze
districts salins tch'ang j^, contenant de nombreux fourneaux tsao
j^, pour la fabrication du sel. Il s'en fait une quantité considéra-
ble. On le met en dépôt dans des gabelles profondes construites
à cet effet, ^ jg pao^yiien. Les douaniers en font la visite et exi-
gent les droits du gouvernement. Le sel se vend sur place à rai-
son de deux ou trois sapèques la livre.
Il s'achète à peu près au même prix par des milliers de con-
trebandiers qui en chargent leurs barques en plein jour et le trans-
portent au loin, sous les yeux des douaniers et des braves défen-
seurs de l'empire. Plus loin encore du Canal impérial, à Test de la
digue, on voit aussi une belle route pour les cavaliers et les pié-
tons, Ma-lou JH ^ commençant sur le territoire de Jou^kao et
s'étendant jusqu'à celui de Hing-hoa, C'est une espèce de seconde
digue qui protège les terrains cédés depuis des siècles par la mer
à l'exploitation des indigènes. Dans ces quartiers les canaux sont
généralement à sec et l'on doit user de la voie de terre pour les
voyages et les transports.
Le Yun-yen-'tch'oang'tch^ang^ho ?£ H $ J|f fpf est un beau
canal creusé à l'occident et le long de la digue maritime. Il re-
çoit le trop plein des eaux du Hia-ho, et le verse par les 18 éclu-
ses de décharge dans les ^canaux qui le porteront à la mer. Une
autre de ses fonctions, c'est de desservir les fourneaux salins dont
il transporte le produit.
Ces préliminaires achevés, je commence mon récit. Les Chro-
20 LE GRAND CANAL.
niques du yang-icheou /bu à l'article Canaux nous rapportent ainsi
rétablissement du nouveau Canal des transports.
Les Annales des dynasties Han et Wei ^, ^ l|)}, des
Tsin ■^, des T'ang J^, et du commencement de celles des Song
7^, racontent les bienfaits des eaux dans le Yang-tcheou fou.
Elles alimentaient alors le Canal, sans jamais mettre en péril la
vie des riverains. C'est que le Hoang ho n'avait pas encore pris
son cours vers le midi, et le Hoai ho, suivant toujours son lit
primitif, allait se jeter à la mer. Les deux fleuves coulaient sé-
parément. Mais depuis la 4® annés (Song) Hi-ning^ 5(c M ^ (1071)
le fleuve Jaune brisant ses digues changea son cours du nord
au midi, puis se jeta vers l'orient dans le Tchang-tché-lo ^ ^
m auprès de Liang-chan ^ llj. Il s'est ensuite divisé en deux bran-
ches; l'une suivit le Pé-ts'ing ho :f[j j^ fpj et alla se perdre dans
l'Océan; l'autre se confondit avec le Nan^ts'ing ho j^ |p| fpf et
entra dans le Hoai ho f^ fpj". Ce fleuve ne pouvait contenir une
telle masse d'eau; une partie s'encaissa dans le lac Hong-
tché hou ^ ^ }i59, qui devint un immense réceptacle. Selon quel-
ques auteurs, le premier qui avait eu l'idée d'endiguer les eaux
dans ce bassin, fut Tch^en Teng ^ ^, gouverneur de Koang-ling
Jl ^, qui vivait sous les Han ultérieurs vers l'an 230. A son
exemple ses successeurs eurent à cœur de consolider et d'étendre
les chaussées commencées sur les bords orientaux du Hong-tché
hou. Déjà quatre ans avant l'arrivée du fleuve Jaune, CheU'-Tsong
jpf ^ avait creusé le lac et l'avait mis en communication avec le
fleuve. Ces préparatifs n'étaient point suffisants pour recevoir le
Hoang ho. Une partie de ses eaux seulement put suivre par le
nord-est le lit du Hoai ho et parvenir à la mer ; l'autre partie se
fit un passage direct vers l'est, et alla se perdre dans les bas-
fonds des lacs de Pao-yng, de Kao-yeou, de Chao-pé et autres.
C'était le commencement du nouveau Canal des transports. Le
Hoai ho descendait dans le Kiang. C'était un phénomène inoui.
Bientôt on vit qu'il était de toute nécessité de lui tracer un cours
régulier, sinon plusieurs départements allaient disparaître sous
les eaux, devenir lacs ou marais.
L'an 1004, l'empereur Tchen tsong 8^ ^ avait fait ouvrir
au midi de Fan-leang-hou il| 5 JS9 ^^ nouveau lac qu'il nomma
Sin-k^ai hou j0f Pi fSBi ®* Tavait consolidé par une jetée, longue de
trente-cinq H; avant lui déjà on avait protégé le bourg de Chao-pé
par une semblable chaussée. On multiplia ces digues dont l'expé-
rience avait démontré les bienfaits. En 1194 le fameux ingénieur
T'chen Suen-tche ^ ^ i, grand directeur des canaux, pouvait se
vanter d'avoir terminé l'œuvre. Le Canal avait une double
digue de Yang-tcheou à Hoai-ngan. C'est une distance, dit le
géographe, de trois cent soixante [i. Chaque année la voie s'amé-
liorait; ici on la réparait, là on construisait une nouvelle écluse,
ailleurs on ouvrait de nouveaux cours pour donner plus d'issues
NOUVEAU CANAL IMPÉRIAL. 21
aux eaux qui parfois précipitaient vers le Kiang leurs flots bouil-
lonnants. La régularisation des canaux de I-tchong ^ ^ et de
Koa-tcheou f^ j^\ remonte à cette époque. Souvent on dut les
curer, parce qu'ils se remplissaient facilement de gravier et de
limon.
La 5* année Ming^tch'nng des Kiii ^ DU ^ (1194) l'estuaire
du Ts'ing ho 1^ p^ était obstrué par la boue. Le fleuve Jaune ne
coulait plus à la mer, mais reiiuant sur lui-même, il alla mêler
ses eaux à celles du Hoai ho, et ils ne firent plus qu'un courant.
Le Hoang ho étant plus puissant que son rival refoula une partie
de la colonne liquide dans le Ilong-tchâ hou par le lit du Ts'ing
ho. Les digues du grand lac n'étant point assez fermes pour
résister à une pareille poussée, il fallut les consolider; pour les
soulager, on construisit aussi dans la chaussée orientale, des tcha
et des pa, de petites et de grandes écluses qui s'ouvraient à l'épo-
que dos fortes crues. Les historiens chinois ont des volumes
pour relater les gigantesques travaux, toujours à recommencer à
cause des inondations, que nécessita Tentrclien de ces cours d'eau.
Mais ils ne sont composés que pour des spécialistes ; peu de
lecteurs y trouveraient de l'intérêt. J'y reviendrai cependant plus
bas. Nous allons voir maintenant le Canal des transports recevoir
son complément.
L'an 1280 Che-tsou ift jjjB. le Mongol Koublai Kan venait
de s'emparer de l'empire des Song et avait transporté la capitale,
de Hang^tcheou ^ *jt| h Choen^'ien |p 5ï ou Pé-hing, Cour du
Nord. Il s'agissait de faire vivre sa cour; or les régions septen-
trionales sont peu fertiles. Il fallait donc faire venir les provisions
des provinces du midi. Le cabotage le long des côtes n'était
rien moins que certain : les pirates et les tempêtes étaient égale-
ment à craindre. L'empereur songea à compléter les canaux de
ses prédécesseurs pour en tirer un plus grand avantage. La voie
des transports du tribut n'était navigable que de Hang-tcheou au
fleuve Jaune: il la continua jusqu'auprès de sa capitale. Les tra-
vaux commencèrent en 1289 et trois ans après on en faisait l'ou-
verture. C'était un ruban de plus de (1800) mille huit cents H
(plus de 1000 kil.) (1). L'étendue de ce Canal, qui mérite bien d'être
(1) C'est au Livre de Marco Polo que l'on trouve la plus ancienne mention de ce travail,
faite par un écrivain européen. Voici en qu^ls tennes le célèbre voyafçeur, contemporain
des travaux qu'il décrit, pnrle de «a section supérieure.
«Quant l'en se part de Cundinfu (5? 5Ê T^ai-ting^ hodiè Yen-icheou fou ^ 7f|)
«et chevauche l'en trois journées vers midi... adonc treuve l'en la noble cité de Cinguy ma
c tu (9 9" fS fiR Tti-ning^ma-VeoUf hodiè Tsi-ning tcheou), qui moult et belle et riche
c et degrans marchandises et de grans ars... £t si vous di que il ont un flun duquel ils ont
c^fprand proufit, et vous dirait comment. Il est voir que ce grant flun vient de vers midi
« jusques <1 ceste dite cité de Cinguymatu. Et les genz Je la cité, si ont fait deux fiuns de
« celui grant flun ; car ils font l'une moitié aler vers levant, et l'autre moitié vers ponent.
2!^ LS GRAND CANAL.
appelé impérial {Yu ho ^ ^), de Hang^tcheou à Pé-king, mesure
près de trois mille H, c'est à dire plus de quatre cents lieues.
«C'est que l'un flun va au Mangi (S T^ ^I^di du fleuve), et l'autre par le Catay (Nord du
«fleuve). Et si vous dirai en vérité qu'en ceste cité a si grant quantité de navie, qu'il n'est
«nul qui ne le veist, et l'oïst dire qui le peust croire. Et si portent au Manzi {al. Mangi) et
«au Catay, ces navies, si grant quantité de marchandises que c'est merveille. Et puis
«quand ils s'en reviennent, si retournent chargiez d'autres marchandises. Si que c'est mer-
«veille des marchandises qui vont et viennent par ces. ij. fluns.» (Chap. CXXXIV.)
Plus bas vers le Sud, le Canal est coupé par le fleuve Jaune à la hauteur de Hoai-
nganfou. Or «le grant flun de Caramoran (en mongol «fleuve noirD)... est moult grant et
«large plus d'un mille. Et si est moult parfont- que grans nés y porroient nag-ier dedans.
«Il y a moult de poissons et de moult grans. Sachiez qu'il a bien en cest flun. XV. mille
«nés qui toutes sont an grant Kaan, pour porter ses osts es illcs d'Ynde de mer, quant il y
«a besoing ; car la mer est près à cest lieu une seule journée. Et si veult bien chascune nef,
«l'une parmi l'autre. XX. mariniers; et porte bien chascune. XV. chevaus, et leurs hom-
cmes et leur vitaille et leurs armes et leur bernois. Et ce flun a une petite cité de çà, et
«l'autre de là '.[l'une encontre de l'autre. L'une a nom Coguiganguy (Hoai-gnan fou îfl yt
*/fir ) ®* l'autre Caguy ; l'une est grant et l'autre petite. Et quant l'en a passé ce flun, si
«entre l'en adonc en la grant province do Magy (Mangy).# (Chap. CXXXVII.)
«Quant l'en se part de Coguiganguy, si chevauche l'en par selouc une journée, par une
«chauciée qui est à l'entrée du Manzi ; et ceste chauciée est faite do moult belles pierres.
«Et de l'une part et de l'autre de la chauciée, si a yaue ; ne en la province l'en ne puet en-
«trer, fors que par ceste chauciée.» (Chap. CXL.)
Enfin au Chap. CXLVII,Marco Polo nous parle en ces termes de Koa'4ch4ML \}&. Jmj )
cité aujourd'hui détruite par les érosions du fleuve Bleu, et jadis t6te de ligne du Grand Ca-
nal entre le Yang-tse kiang et la capitale du nord : «Cuguy est une petite cité, et est vers
«seloo... et sur ce fleuve devant dit. Et en ceste cité se recueillent grant quantité cfe blez,
«et de ris, qui se portent à la grant cité de Cambaluc, pour la court du grand Kaan ; pour
«ce que de ceste contrée viennent li grain qui ont mestier pour la court du grant Kaan. Et
«si vous dy que 11 grans Sires a fait faire telles ordonnances par yaues douces et par lacs, de
«ceste cité jusques à Cambaluc, par grans fossés qui vont de lieu en aultre ; si que les grans
«nefs toutes chargées peuvent aler de ceste cité de Cucuy jusques à la grant cité de Cam-
«baluc. Et aussi y peut aler par terre, car de ces fossez est la terre haulte que l'en va des-
«sus, laquelle fu traite des fossez et est mise d'une part et d'autre.»
L'une des dernières phrases de Marco Polo a sans doute inspiré cette affirmation
inexacte de Reclus (pag. 362) : «Ainsi que le raconte Marco Polo, l'empereur Koublaï
«Khan, à la fin du treizième siècle, n'eut qu'à réunir — par des coupures de peu dUmpor-
^tccncey — rivière à rivière et marais à marais pour en faire un fleuve navigable, le Yun
ho ou "rivière des Transports.»
Nous avons emprunté à Pauthier le texte qui précède et les identifications qui l'ac-
compagnent. Le Colonel Tiile (The book of Ser Marco Polo 1875. vol. II.), ainsi que M.
H. Cordier (Odoric de Pordenone, pag. 889.), ont reconnu le bien fondé de ces dernières,
qu'ils suivent comme nous. Nous croyons avec ces auteurs que le Cinguy matu de Marco
Polo est bien la ville de Tsi-ning tcheou, mais nous pensons que le voyageur vénitien
applique par erreur à cette ville nue remarque qui ne convient qu'à celle de it»-^*»«f
EB în (V. la Carte). Ce "grant flun" qui "vient de vers midi jusques à ceste dite cité"
ne peut être le Wen ho^ ni le 5e ^o fQ i>9 ) rivières de médiocre importance et qui desoen-
NOUVEAU CANAL IMPÉRIAL. 23
Le courant du Canal, ainsi que nous l'expliquerons bientôt,
n'a point partout la môme direction ; il possède notamment un
double versant dont la localité de Fen-choei miao marque le
seuil de partage. Ses noms aussi varient beaucoup: nous en
connaissons déjà plusieurs. Sur toute retendue de son parcours
il est généralement appelé Yun ho ^ fpf «Canal des transports»
et Yun-liang ho ^ ^ ^if «Canal du transport du tribut». La
partie septentrionale qui commence au nord du fleuve Bleu est de
beaucoup la plus importante et la plus fréquentée. Les voyageurs
et les géographes la partagent en trois sections : celle du midi,
celle du centre et celle du nord. La première, Nan-yun ho ^
^ fpîf s'étend du fleuve Bleu au Hoai ho la 2^"^^^ Tchong-yun ho;
rfi ^ fpf du Hoai ho à Foncj-p'ei g fjjj dans le Chan-tong aux der-
nières limites nord du Kiai^g-sou; et la troisième, Pè-yun ho 4fc
^ pîf va jusqu'à Pè-t'ong tcheou :|t jS W ^ quarante H de Pè-
hing. Les Mongols lui avaient donné le nom de Iloci-t'ong ho
% ^ Vt' ^® Canal des transports du tribut a pris tout son
développement: pour en tirer profit, il faut l'entretenir en bon
état. Ce n'est point chose facile, nous allons le voir.
dent de l'est, tandis que le IIV; //o, qui après un cours important rencontre Lin-ts^hig en
venant du sud-ouest, répond très bien il la description de Marco l'olo.
D'autres auteurs ont coinmiîi du reste des erreurH auaJoj;ues: ainsi J. F. Davis (tra-
duit par Pichard. Paris, 1837. ï. I. p. 134.) appelle OMeï-7/o la rivière qui aboutit au temple
du «Koi-dragon». Comme nous le verrons bientôt, c'est du IfVu liu qu'il a voulu parler.
24
CHAPITRE IV
-»6S^o^
ENTRETIEN DU CANAL
sous LES MING.
■H-H-
Entretien du Canal. — Versants et barrages. — Cata-
clysmes. — Les Pa ou digues volantes. — Activité des trans-
ports.
es-X-a©
25
CHAPITRE lY.
ENTRETIEN DU CANAL SOUS LES MING.
Une œuvre aussi grandiose et aussi hardie que celle du
Yun ho demandait, sous peine d'être bientôt détruite, de ^constants
travaux d'entretien ; sans eux en effet, les lits devaient bientôt se
remplir de limon, les digues s*ébrécher, les chaussées s'afTaisser,
les écluses s'ébouler, les anciens cours d'eau disparaître, tandis
qu'il s'en formerait de nouveaux, et que les tempêtes et les inonda-
tions bouleverseraient tout. Ces cause» multiples de changements
exigeaient le travail actif et intelligent de Thomme, pour conserver
son œuvre.
Les mandarins chargés de la double administration du fleuve
Jaune et du Canal impérial sont très nombreux et forment une
hiérarchie à part. A la tête de la seconde, se trouve le T^ao^yun
tsong-'tou ift* M flî 'tf Gouverneur général du transport du tribut.
Sa dignité est égale à celle de Vice-roi. Il a sa résidence à
Ts'ing-kiang p^ou ^ f[t W aiïïsi que son premier Assesseur, qui a
le titre de Tao-t'ai, Tsao-Zio t'ai f§ i^ ^, Intendant du tribut (et
des canaux). Sous leurs ordres, de nombreux ofliciers subalternes
se partagent les diverses sections des ponts et chaussées qu'ils
doivent entretenir en bon état. Lorsqu'il y a une grande répa-
ration à faire, le Gouverneur, avec ses conseillers, étudie soigneu-
sement le devis et le cahier des charges, et fait un mémoire qu'il
adresse à TEmpereur. Le prince fait examiner le projet au minis-
tère des travaux publics, puis sur son rapport il l'approuve ou le
rejette. S'il doit être exécuté, le Gouverneur du canal s'occupe
à recueillir l'argent nécessaire, Les mandarins et les notables
se cotisent; on ordonne des souscriptions forcées, on impose les
contribuables, on exige la corvée, on demande, on presse, on urge,
et habituellement les dépenses sont couvertes sans les secours du
gouvernement.
Les Chroniques de chaque sous-préfecture ont toutes un
chapitre qui traite de l'entretien des canaux ou autres établisse-
ments publics. Je vais en extraire quelques passages pour donner
une idée du système.
L'Histoire générale des Ming, T'ong-kien j} fg, rapporte
que Tch'eng'tsou Wen hoang-ti )^Jli'$C M, ^ troisième empereur
de la dynastie, qui donne à son règne le nom de Yong^lo ^ ^
26 LE GRAND CANAL.
«éternelle félicité» (1403-1424), était à peine monté sur le trône,
qu'il transporta la capitale de Nan-king à Choen-Vien ^ ^, au-
trement dit Pé-king, Lorsque la cour y fut installée, se fit bientôt
sentir de nouveau la difficulté de s'y procurer des vivres. Deux
conseillers de l'empire, Tchou et Tchang, :^ j§ ^ Ja» exposèrent
leur sentiment. «I-l y a, dirent-ils, deux routes pour faire venir
du Kiang-min le tribut annuel : l'une par la mer, l'autre par le
Canal. Sou-tcheou jp ji], T'ai'ts'ang -j^ ^ expédient le leur sur
des bateaux de mer qui prennent le fleuve à T'aUkou :fc fS" ^^
arrivent à Pé-king. Chaque année devrait apporter par cette voie
deux millions de charges de riz. Mais une grande quantité est
ensevelie dans l'Océan par les tempêtes.» Clieou ^ et Han |^,
deux autres ministres d'état, proposèrent de creuser un canal de
Tong-p*ing tcheou "^ 2]i j^«|, se dirigeant vers le nord, jusqu'à
Liri'tfi^ing gg ^. C'est une étendue de deux cent cinquante h'.
On l'alimenterait par les eaux du Wen ho ^ ^ et du Wei ho
m J^. «Primitivement, dirent-ils, lorsque les Mongols creusèrent
leur canal, qu'ils appelèrent Hoei-i'ong ho % %^ \v^^ ils ne Je
firent ni assez large ni assez profond, pour que des barques bien
chargées y pussent naviguer. Par cette voie, la capitale ne re-
çoit que quelques centaines de mille tan (piculs) de riz. L'em-
pereur s'est établi à Pé-king, et les approvisionnements se font
par le Canal et par la mer ; mais la voie maritime est longue et
périlleuse. Les greniers publics y perdent beaucoup. D'un autre
côté le Yun ho arrivé à Yang-ou ^ ;^ est devenu impraticable.
Il y a un portage de cent soixante-dix H; et pour diriger les
bateaux sur le Wei ho ^ |p[, il faut des travaux surhumains.»
Le mandarin de Tsi-ning tcheou ^ ^ jii\^ P'an Chou^tcheng ^
^ J£ demanda la reprise du Hoei-t'ong ho.
L'empereur donna en conséquence des ordres à Song Li ^
jBî Président au Kong-pou X HP? Ministère des travaux publics,
prescrivant d'exécuter le projet. Selon le conseil d'un vieillard
de la contrée, il réunit les eaux du Wen ho -^ \p^ et de plusieurs
autres affluents en un point culminant, appelé Nan^v;ang ]§ fj£.
Là elles se divisent en deux voies suivant la pente du terrain;
l'une, se dirigeant vers le nord-ouest, est alimentée par les trois
cinquièmes des eaux des lacs, que lui servent dix-sept écluses, et
l'autre allant vers le sud-est, reçoit par vingt-et-une écluses le reste
des eaux du Wen ho. C'est le passage le plus difficile de tout le
Canal. On l'appelle ordinairement Fen-choei ^ 7JC «Partage des
eaux». Sur le rivage s'élève un temple dédié au Roi -dragon de la
division des eaux, Fen-choei Long-wang miao ^ M^ f| ï J^ (^)-
(1) Le P. de Magaillans {Xoiiveïîe reUifion de la Chine. Paris, 1688. pp. 14J, 144.)
rend bien compte de l'itinéraire créé par ces travaux, au point de vue hydrographique-
aLe canal, dit-il,conimence h. la \'ille de Tum dieu (T^ong-tcheou îfi JtI), éloignée de deus
lieues et demye de Pé-kin. Il y a une rivière de laquelle on suit le courant, jusqu'à ce
ENTBETIEN DtJ CANAL SOUS LES MING. 27
Lorsqu*après des travaux inouïs, qui durèrent treize ans,
l'œuvre fut à peu près finie, on abandonna la voie de mer. Tout
le tribut annuel du midi, qui s'élevait à quatre millions de ian de
riz, devait passer par le Yun-liang ho. Les barques de transport
y devinrent si nombreuses, qu'elles ne pouvaient naviguer qu'avec
la plus grande difficulté. On s'ingénia pour augmenter l'eau dans
le canal et pour ouvrir, là où c'était possible, des voies latérales
dans les lacs. On- créa dans le même but, au moyen de barrages
pratiqués en travers du canal, une série de biefs superposés,
qae près de la mer elle entre dans une autre (Wei Jio fH 7P[)i que l'on remonte durant
quelques joui'S (jusqu'à Lin-ts^ing tcheou EË in /hj* On entre ensuite dans un canal fait
à 1a main, et après y avoir navigué vingt ou vingt-cinq lieues, on trouve un temple appelle
Jb^uen vùi meaô (Fc7i-choci îfiiao yr /f^ w)» c'est-à-dire, Temple de l'esprit qui divise
les eaux. On va jusques-U sur le canal contre le courant de l'eau ; mais quand on est
arrivé vis-à-vis de ce Temple, on commence à décendre et à se servir des seules rames. . .
Ij*explicatioD de cet énigme consiste en ce que du côté de l'Orient, à une demy-joumée
de chemin, il y a un grand Lac entre de hautes montagnes, dont les eaux formaient une
assez grande rivière (Wcn ho *i$ tPT) qui courait vers la mer du côté de l'Orient. Les
Chinois bouchèrent c'btto sortie, et ayant coupé la montagne, ouvrirent un canal par lequel
ils dérivèrent les eaux jusqu'au Temple. En cet endroit ils creusèrent deux antres canaux,
l'un vers le Septentrion, et l'autre vers le Midy ; tout cela avec tant de proportion et un
niveau si juste, que l'eau arrivant au milieu devant le temple, décend également de par et
d'antre vers le Nord et vers le Sud, ainsi qu'on peut le voir dans la Figure suivante."
— Entré dans la Province de Nan kini, le canal "se décharge dans cette grande et
rapide rivière que les Chinois appellent, jaune Hoang ho ^ iR| • On navigue dessus un
peu moins de tleuxjoumées(jusqu'à Sou-Vsien {q 3S)' ^t Ton entre dans une antre rivi-
ère qu'on remonte environ deux portées de mousquet, au bout desqueUes on trouve un
canal que les Chinois ont ouvert au bord Méridional de cette dernière rivière, et qui court
vers la Ville de Hoâi-ngan. . .'*
Le P. du Halde (Paris. 17S5. T. I. p. 33. et T. II. p. 156.) donne à peu près les m^mes dé-
tails, qui ont été vérifiés par lesrécits des divcrsesambassadc s hollandaises et anglaises. Depuis
que le fleuve Jaune a transporté son cours au Nord de Tsi-ning (9t 9^/' plusieurs voya-
geurs ont examiné les modifications apportées par ce cataclysme, au régime du Grand canal.
Les notes d'un de ces voyages de Pékin à TchefoUy parle Rév. A. Williamson (Cet. 1865),
ont été publiées par le Journal of the N.-C. B. H. A. Society. Dec. 1866. Celles d'une
double exploration, faite en mai 1867 et fin 1868 par M. N. Elias, à l'ancien et au nouveau
oours du fleuve Jaune, ont paru dans le m^me Journal, en Dec. 1867 et 1868. Le Rév.
Williamson avait conjecturé que *'since the récent change in the Tellow River, (the classic
river, the Wen ko) is of littlc service" (l. cit. p. 11), et il ajoutait à tort : "I believe (that
it) now flows entirely to the south." M. Elias qui, trois ans après, visitait ces lieux, affir-
mait au contraire que *'à 25 milles N. environ de Tsi-ning tcheou, près d'une petite ville
Appelée Nan'Wang (^ fSj^ on atteint le niveau le plus élevé du canal. — "It is hère,
oontinue Texploratenr, that the river Wcn falls into the canal, a portion of its waters flo-
wing to the south, and the rest to the north... The Wen is a smaU stream, scarcely twenty
ymrds broad ai the confluence. . . The currents of both are very inconsiderable ; oertaiuly
ander one mile a hour." (l. cit. p. 261.)
28 LE GRAND CANAL.
destinés à retenir les eaux, et unis par des plans inclinés (1).
Le passage du Hoang ho et l'entrée dans le Tchong-ho étaient
particulièrement difficiles. Pour les faciliter on construisit la
fameuse écluse T'ien-fei-tcha 5Ç iC RB- ^^^® n'aurait dû s'ouvrir
que pour aider les bateaux h atteindre l'autre rive, mais leur
nombre était si considérable qu'elle restait presque constamment
ouverte. Durant quelques dizaines d'années, la navigation se fit
« ■ ' >
(1) Ces travaux, appelés et chinois tcha ^ j comme les écluses latérales que nous
ayons décrites plus haut, ont reçu des Européens les noms plus ou moins impropres de
''digues, écluses, cataractes, sauts", etc. Ainsi que le remarquait l'éditeur français du P.
deMagaillans(p. Ii6),le8 chamhres d'écluses semblent (^tre jusqu'ici inconnues anx Chinois,
qui en sont restés au système primitif et périlleux de ces déversoirs si souvent décrits par
les voyageurs. Nous nous contenterons de reproduire ici un passage du P. de Magaillans
(p. 141).
"Ce canal a en divers endroits, tant pour diminuer le courant de l'eau que pour la
rendre plus profonde en la retenant, soixanie-douze écluses, que les Chinois appellent Ch<l,
Elles ont de grandes portes faites de grosses pièces de bois qu'on ferme la nuit et qu'on
ouvre le jour, pour faire passer les harques. On passe la plupart de ces écluses avec beau-
coup de facilité : mais il y en a quelques-unes qu'on ne peut passer qu'avec bien de la peine
et du danger, et une entre autres que les Chinois appellent Tien Fi Cha, c'est-à-dire, la
Beine et la Maîtresse du Ciel... Quand les barques vont contre le courant et qu'elles sont
arrivées au bas de cette écluse, on attache à la prouë quantité de cables et de cordages tirez
de part et d'autre du Canal, par quatre cens ou par cinq cens hommes, on même par un
plus grand nombre, selon le poids et la grandeur de la barque ; d'autres travaillent en m6me
temps avec des cabestans placez sur les murailles de l'écluse, qui sont fort larges et bâties
de pierres de taiUe. Outre les cordes dont nous avons parlé, il y en a d'autres fort grosses
qu'on entortille à de grandes colonnes de pierre ou de bois, afin de retenir la barque, si les
antres cordages vendent à se rompre. Quand toutes ces cordes sont attachées, on commence
à tirer peu à peu, au son d'un bassin qu'oi\ frappe au commencement fort lentement et de
loin ; mais lorsque la moitié de la barque pour le moins est élevée à la hauteur du Canal
supérieur, comme le courant fait alors plus d'impression, on frappe le bassin avec grande
vitesse, tous en mesme temps poussent de grands cris, et font ensemble un tel effort, qu'en
un moment la barque achevé de monter et est mise en seureté dans l'eau morte qui se trou-
ve entre les cotez du Canal et le milieu du courant. On fait décendre les barques avec
beaucoup de promptitude et de facilité, mais aussi avec bien plus do danger."
Le nombre de ces barrages a varié suivant les époques; et nous donnerons plus baé
la liste de ceux portés sur l'édition récente (Ou-tchangfoUj 1863) de la carte des anciens
missionnaires. Leur hauteur est aussi très diverse. Il n'est donc point étonnant que
d'autres voyageurs en aient compté un nombre moindre. C'est ainsi que le P. Martini
(Novus Atlas Sin^isis. p. 54^ en compte seulement "plus de vingt," Cf. ibid. p. 105. — Du
Halde. Description de V empire de la. Chine. Paris. 1735. T. I. p. 33. — Trigaut. De expeâit,
apud Sinas, p. 332. — P. L. Le Comte. Nouveaux mémoires. Paris 1696. T. I. pp. 229, 230
avec ftg.^Le P. Fr. Jacinto de Deus capucin réformé, dans son ouvrage Vergel de Plantas
Flores, publié à Lisbonne en 1690, c'est à dire deux ans seulement après la Belation du P.
de Magaillans S. J., n'a guère fait que copier ce dernier, pour ce qu'il dit du Grand canal. —
J. NieuhofiF. L'ambassade de la compagnie orientale des provinces unies. Leyde. 1665. chap.
XXXVIII. Du Canal Royal de Jun. Diverses écluses, p. 153.
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ENTRETIEN DU CANAL SOUS LES MING. 29
ainsi assez tranquillement, mais bientôt après le Canal exigea des
réparations considérables
En 1^56 on cura le Yun^ho depuis le Hoai-ho jusqu'au Kiang,
Le Hoang-ho exigea de semblables travaux, pour rendre à ses
eaux un lit convenable. Trente ans plus tard, on creusa de nou
veau le canal, de T^ong tcheou au Hoai-ho et du Hoai-ho au
Yang^tse-kiang .
En 1494 on compta cinquante jours de neige; il s*en suivit
ane inondation sans pareille : toutes les campagnes avaient dis-
paru sous les eaux. Les digues de la partie méridionale du Yun-ho
furent complètement détruites; le Gouverneur du canal Wang
I dut les refaire.
En 1569 le Hoai-ho monta de plus de vingt pieds. Les flots
rompirent les digues des canaux et les chaussées des lacs, et
entraînèrent pêle-mêle hommes, animaux et maisons; tout fut
détruit dans le Hia-ho, L'année suivante le Gouverneur des ca-
naux Wong ^, ne voyant pas comment réparer tant de désartres,
prit la fuite. Il fut destitué, ainsi qu*un très grand nombre ne
ses officiers subalternes. P^an ^ son successeur rétablit la cir-
culation sur le canal.
En 1571 nouvelle inondation au nord du Hoai-ho, Le Canal
rompit de nouveau ses digues, et la ville de P'ei tcheou J|5 ji{ dis-
parut. Les jonques impériales furent submergées en grande par-
tie et plus de quarante wan. de tan de riz (400090 piculs) allèrent
nourrir les poissons. Plusieurs milliers de soldats, venus pour le
sauvetage, périrent misérablement dans les flots. Le Gouverneur
P'an fut changé. Son successeur^ après de nombreuses conféren-
ces avec ses adjudants, construisit une digue de cinq cent cinquate
H, de Tcha-tcheng dans le Chan-tong jusqu'à Ts'ing-kiang-p*ou,
Pour la maintenir en bon état, il fixa un poste de dix hommes de
trois li en trois h*. C'est cette beUe digue, encore en bon état avec
ses postes militaires bien entretenus, que suivent de nos jours,
les milliers de chars qui chaque année se rendent de TsHng-hiang-
p^ou à Pé-king et rice-rersa. Le jour où les Chinois, rompant
avec leurs préjugés, voudront établir une voie ferrée dans ces
parages, rien ne leur sera plus facile que de poser leurs rails sur
cette digue toute préparée pour les recevoir. La ville de P'ei-icheou
fut aussi relevée. Tous les travaux terminés, on put de nouveau
naviguer de I-tcheng fi[ ^ à Tchang-kia-'wan $ ^ 9. C'est une
distance de deux mille huit cents li. Ce long canal n'était pas par-
tout d'un entretien semblable ; la partie voisine du Hoang-ho était
de beaucoup la plus diflicile. Des précautions spéciales étaient de
toute nécessité pour la sûreté des voyageurs.
La 1*" année de Wan-li K /g (1573) le Gouverneur Wan
Kong "^ ^ remit en usage des barques plus légères, capables de
transporter seulement un chargement de quatre cents tan de riz.
II améliora aussi la voie. Il fit construire le long de la rive plusieurs
30 LB GRAND CANAL.
dizaines d'écluses de décharge, qui devaient s'ouvrir à Tépoque des
grandes eaux. On en comptait vingt-trois de I-tcheng h T'sing^
kiang-p'ou. Sur la môme étendue, il fît aussi cinquante-et-une
bouches de décharge appelées long. Des écluses élevées en tra-
vers du canal facilitaient les passages où les eaux n'avaient pas
le môme niveau. Le lit fut recreusé plus profond et plus large et
les digues s'exhaussèrent d'autant avec le limon qui en provenait:
excellent travail qui faisait circuler l'eau et fortifiait les chaussées.
La traversée du Hoang ho ofïrait toujours les plus grandes diffi-
cultés ; l'écluse T'ien-fei icha ^ iE [^ ^^^ aménagée de manière
à mieux régler les courants qui devaient porter les barques à
l'entrée du Tchong-yun fio «f El IpI-
Tout le monde se réjouissait de voir ces travaux si bien ré-
ussir, mais la joie du peuple se changea bientôt en tristesse. En
1595 le Hoai ho apparut furieux. Ses flots enlevèrent les chaus-
sées du Hong-tché hou et rompirent les digues du canal à Pao-
yng, Kao-yeou, Ts^ing-choei-t'an, Ting^tse-keou et autres lieux.
Se tcheou jfg j^ chef-lieu d'arrondissement, ville bâtie sur la rive
occidentale du lac, fut submergée (1).
En 1597 les digues furent de nouveau rompues à Ts'ing^
choei-t'an ^ ^ j^ ®^ ^ Chan-yaiig [J[j ^. A cette époque le Hoai-
t'ong ho "^ ^ ^ vint plusieurs fois mêler ses eaux à celles du
Hoang ho et du Hoai ho et il en résulta des inondations épouvan-
tables. Pour y remédier, le Commissire Li ^, en 1604, élargit
considérablement le Kia ho sur une étendue de deux cent soi-
xante li,
La 3® année de Tch'ong-^tcheng ^ ijj^ (1630), les pa JJ de Sou^
hia-tsoei j|^ ^ 5f et de Sin-k'eou ^ P furent enlevés par la
violence du courant, et les eaux se répandirent sur le territoire de
Hoai^ngan fou et sur les sous-préfectures de Kao-yeou, T'ai tcheou
et plusieurs autres. Au nord et au midi de la ville de Kao^yeou
plus de trois cents toises de la digue avaient disparu, entraînées
par les flots. Deux ans après, à la porte du midi de Kao-yeou,
récluse du pont suspendu ffy ^ ^ s*écroula; toute la ville fut
inondée ; les barques circulaient dans les rues et un grand nombre
de personnes, surprises par le torrent, y périrent misérablement.
Le Gouverneur du canal et la plupart de ses subordonnés furent
destitués. Lieou Yong-se §l] H g^ son successeur creusa dans la
sous-préfecture de Sou-ts'ien S^ ^, un canal qui mettait en com-
munication le Hoang ho avec le Yun-liang ho. C'était une grande
faute : il fut cassé et sévèrement puni. Peu de temps après, le fleu-
ve Jaune et le Hoai ho s'unirent dans un même débordement et
les digues du Canal furent brisées en maints endroits. C'était une
fin de dynastie ; les calamités se succédaient sans cesse. L'année
(1) Voir fH >? flï ^ dernière édition. 8""« année de Koang Siu. KHuen 5. p. 20
ENTRETIEN DU CANAL SOUS LES MING. 31
1640 apporta une sécheresse désastreuse, suivie de Tépidémie et
de la famine. Le teou i(- (mesure de dix livres) de riz se vendait
trois ts'ien ^, trois dixièmes d'une once d'argent. A Kao-yeou
le mandarin et plusieurs notables distribuèrent deux cents tun de
riz: ils donnaient à chaque mendiant une provision pour cinq
jours et ils la faisaient porter aux malades qui ne pouvaient se
présenter eux-mêmes. L'année suivante la sécheresse amena les
sauterelles; la famine continua. Les pauvres cherchaient h pro-
longer leur existence en mangeant une espèce de pâte faite d'une
terre très légère, mais souvent elle se gonflait dans les entrailles
et causait la mort au lieu de la prévenir.
32
CHAPITRE V.
ENTRETIEN DU CANAL
sous LES TSING.
-V8-W-
Nouveaux désastres. — Constrnction des pa. — Le lac Hong-
tché. — Le transport du riz.
©e-X-se^
33
CHAPITRE V.
-H-U-
ENTRETIEN DU CANAL SOUS LES TSING.
>
Ces désastres et beaucoup d'autres infortunes marquèrent la
Gn de la dynastie des yfing (1644). Mais sous les Ts'ing JJ les
fléaux continuèrent. La 4^ année de Choen-tche jg ^ (1647) amena
h la 6^ lune des pluies torrentielles qui produisirent une grande
inondation. On ouvrit deux nouvelles écluses. Tune à Ting-i et
Tautre à Pé'-kin, et Teau diminua. Deux ans après, à Kao^ycou la
digue fut rompue sur uue étendue de plusieurs centaines de toises.
'Les riches de la ville distribuèrent quantité de boisseaux de riz
pour empêcher les pauvres de mourir de faini.
En 1656 un tigre parut sur le territoire de Kao-yeou : selon
les idées du peuple, c'est un présage de grands malheurs. Le ter-
rible animal franchit les lacs; il fut pris et brûlé à Tcheng^kouo--
che. En 1659 toute la campagne fut sous Teau.
La 1^^*^ année de K'ang-hi (1662) ne fut pas plus heureuse.
On dut ouvrir sur le Hong-tehé^hou une nouvelle écluse que l*on
nomma Tcheou-k^iao^tcha j^ 4lt ^ et les digues du canal furent
ébréchées en maints endroits. En 1665 un vent de tempête jeta
les eaux des lacs sur Kao^yeou; dans les rues de la cité, elles
avaient plus de dix pieds d'élévation. Les vagues grossissant en
descendant avaient vingt pieds de hauteur aux portes de YanÇ"
tcheou. Heureusement on parvint à les fermer solidement.
En 1668 le Canal perdit ses digues à Lou^kin J^jji- On les
répara Tannée suivante et on fit en pierres les parois de T^ien-fei"
tchn et de plusieurs autres écluses, souvent en mauvais état par
la malveillance de quelques riverains qui se permettaient de les
ouvrir ou de les fermer à volonté. A la 6* lune de la même année
eut lieu une furieuse tempête accompagnée d*une pluie torrentiel-
le. Elle dura dix jours sans discontinuer Le vent jeta vingt pieds
d*eau .dans la ville de Kao-yeou; les murs et les portes furent
entraînés par le torrent, ainsi que les bourgs de la campagne ;
le nombre des morts fut incalculable. L'empereur fit distribuer
a Kao-yeou vingt mille tan de riz.
L'année 1669 ne fut guère plus heureuse : l'inondation se
renouvela, parce que l'écluse de Tcheou^k'iao n'avait pas encore
pu être fermée à l'époque de la crue des eaux. La famine et la
mortalité continuèrent.
34 LE GRAND CANAL.
En 1670 le HoaUho déborda de nouveau : Técluse Tcheou-
k'iao céda «encore et toute la contrée redevint un^ mer d'eau douce.
Le gouvernement fît distribuer vingt sept mille tan de riz aux
affamés de Kao-yeou,
L'année suivante les mômes désastres se renouvelèrent et
Kao-yeou obtint un subside de vingt mille tan de riz. L'empereur
fit recreuser le Canal et réparer les écluses; on en ferma quelques
unes et on en ouvrit plusieurs nouvelles.
En 1672 à l'époque d'une terrible inondation qui détruisit
toutes les récoltes, il parut subitement dans les canaux une si
grande quantité de poissons qu'on les achetait une sapèque la
livre; mais le phénomène ne dura que dix jours.
La 16* année de K'ang-hi (1677) les chaussées du Hong*
tské-hou furent grandement endommagées à Ou-^kiateng, Kao^
kia-yen et autres localités, au nombre de seize « L'année suivante
dessécha les rivières : on en profita pour faire les réparations
urgentes. A Ts'ing-chceUt^an les remous avaient creusé des fos-
ses si profondes qu'on dut changer le lit du Canal. La nouvelle
voie, tracée dans le lac de Pao-yng, prit le nom de Yung-ngan
^ -î^f, «Éternelle tranquillité». On recreusa aussi le Ftin-hang
ho de Hoai-ngan jusqu'au fleuve Bleu. Sur le Hong^tché-hou on
changea en pa l'écluse Tcheou-k'iaoAcha et on refit trente li de
digue. L'expérience avait démontré qu'à l'époque des grandes
crues, les eaux ne trouvant pas de passage tout préparé, brisaient
tous les obstacles et renversaient toutes les chaussées faites à.
grands frais. On voulut remédier à cet inconvénient. En 1680 on
commença à construire sur le bord oriental du grand lac, six pa,
ou grandes écluses bouillonnantes.
La l^''^ à Tcheou-k'iao avant 14 toises d'ouverture (1).
La 2^™e à Kao^liang-kien en avait 10,2.
La 3ème i Ou'^kta-teng en avait 10.
La 4^^"® à Tang-heng en avait 48.
La 5^™® à Test de Kou^heou en avait 34,5.
La 6^™® à l'ouest de Kou-keou en avait 43,5.
Ces six grandes écluses, lorsqu'elles étaient toutes ouvertes
en môme temps, fournissaient à l'écoulement des eaux un pas-
sage de plus de cent soixante-dix toises.
La 23° année de K'ang^hi (1684), le fameux Tartare, Cheng--
tsou Jen-hoang-ti M Ift t S '^^ visitait les provinces méridio-
nales de son empire. Du bateau qui le portait sur le Canal im-
.périal, il voyait flotter pêle-mêle dans le Hia-ho les maisons, les
animaux et les hommes. Son cœur fut vivement ému d'un spec-
tacle si navrant. Il demanda à son Ministre Kin Fou Igf |||,
Gouverneur général des canaux, pourquoi Teau restait ainsi dans
(1) La toise, 3C trhang est de dix pieds, /^ tch^Cj et le pied a environ 35 centi-
mètres.
ENTRETIEN DU CANAL SOUS LES TSING. 35
les sous-préfectures de Kao-^yeou, de Pao^yng, de Hing-hoa, et
de T'tii'^tcheou, Kin Fou lui répondit : «Les sous-préfectures de
Kao-yeou, de Pao-yng, de Hing-hoa et de T'ai-tcheou ressem-
blent à une assiette. Autrefois des canaux conduisaient naturelle-
ment les eaux des lacs à la mer orientale; mais depuis longtemps
ils n'ont point été curés, ils sont remplis de limon et complète-
ment obstrués. Maintenant pour éviter le séjour des eaux dans
le Hia ho et le désastre des inondations, il faudrait recreuser les
anciens canaux.»
L'Empereur demanda : «Combien de liang, (onces d'argent),
faudrait-il dépenser pour recreuser ces anciens canaux?»
Le Ministre, après avoir tenu conseil avec ses principaux
conseillers, vint donner sa réponse au monarque : «Sire, dans si
peu de temps, nous ne pouvons fixer exactement le chiffre, nous
pensons qu'il faudrait environ un million de liang. (ÎTn liang
vaut 37,32 grammes d'argent; c'est le taël du Trésor public J!^ 2p.)
L'Empereur reprit : «Si le peuple faisait lui-même ces tra-
vaux, combien de temps lui faudrait-iiy» — «Majesté, répondit Kin
Fon, il lui faudrait plus de dix ans.»
«C'est attendre trop longtemps, dit le monarque, il vaut mi-
eux employer l'argent des contributions et commencer tout de
suite les réparations. Je ne puis supporter que mon peuple reste
dans une semblable détresse. Pour l'en tirer, je veux faire tous
les sacrifices. Allez donc et agissez en conséquence. Dans dix
jours vous viendrez me rendre compte de vos observations.» /
iSan^f-wo ^ m PHj et autres mandarins des ponts et chaussées
allèrent avec les sous-préfets locaux visiter les canaux et bien
examiner leur état. Au jour fixé, ils étaient de retour dans le ca-
binet de l'empereur. Ils confirmèrent la première information :
les eaux des sept sous-préfectures du Hia ho devaient naturelle-
ment couler à l'est, suivre les canaux Tch'é^lou ^ 0, Pè^l*ou
â ^ et autres, se rendre dans le Yun-yen-'tch'oan^tch'ang ho
% Si $ ^ 7^ ?^' dessert toutes les salines, en sortir par les
bouches de Pé-kiu È 19. Ting-hi "J* g|, Ts'ao-yen % jg et autres,
au nombre de plus de dix, toutes pratiquées dans la digue mari-
time, appelée Fan-korfg-ti ^ ^^, et aller se perdre dans l'Océan.
Mais tous ces canaux sont remplis de vase, de sorte que là, le
terrain est plus élevé qu'à Kao-yeou. Le qu'il y a à faire, c'est de
les recreuser et de les élargir, les eaux s'écouleront comme
auparavant, et les habitants du Hia ho seront délivrés des fléaux
qui les anéantissent.
Après de nombreuses conférences où les conseillers étaient loin
d'être tous du môme sentiment, le président vint soumettre à l'ap-
probation de l'empereur un dernier projet avec les plans et devis.
On proposait de réunir les eaux du Hia ho dans un vaste canal
qui les conduirait à la mer. On les ferait couler entre deux digues,
éloignées l'une de l'autre de cent-cinquante toises, hautes de seize
36 LE GRAND CANAL.
pieds, dix de plus que le niveau de là marée, et s' étendant de
Kao^yeou à la mer, sur un parcours de plus de trois cents li. De
plus on voulait fermer plusieurs tcha et pa PJ^i^, ayant ouverture
sur le Hia ho, et ouvrir au midi de Chao-pé igjj fg ceux écluses
en pierres. Les eaux du Hong^tché hou ^$^^ qui y passeraient,
se diviseraient: la moitié coulerait dans le Yang-'tse kiang ^ ^
f£ par le Wang-tao t? ^ jSf le Pé-t'a â ^ JPf ^^ autres ca-
naux ; l'autre partie alimenterait le grand Canal des transports des
sels, et irait se jeter dans la mer Jaune à Hai-men. Pour exécuter
ces projets, il fallait tirer du trésor public deux millions sept cent
quatre vingt deux mille trois cent soixante-dix taëls. ou onces
d'argent, somme qui représentait naguère près de (20.000.000)
vingl .millions de francs. L'empereur approuva la délibération et
commanda h son Ministre des finances de verser immédiatement
la moitié de la somme demandée, afin que les travaux pussent
être commencés sans délai. Au bout de trois ans Tœuvre était
finie.
Quelques dizaines d'années après, les mêmes causes avaient
produit les oiêmes effets. Les digues avaient été enlevées par les
inondations, les canaux étaient pleins de graviers, les bords de la
mer s'étaient encore exhaussés, peu d'eau se rendait à l'Océan et
le Hia ho, aux jours des grands cataclysmes, redevenait mer,
lac, ou étang.
Je ne veux pas" suivre moiïi auteur d'année en année ; les
mêmes faits se. renouvelant trop souvent, mom récit deviendrait
monotone. Le règne de R'ang-ki qui dura 61 ans compta dans
le Yang-tcheou fou vingt-cinq inondations. Je me bornerai à en
signaler les faits les plus remarquables.
D'abord il est bon de noter qu'à l'époque des grandes cala-
mités publiques, les Chinois deviennent dévots, comme les mate-
lots devant la tpmpête. Les mandarins prescrivent des jeûnes de
pénitence ; les notables cherchent de l'argent et tous les marchands,
grands et petits, se cotisent pour réunir la somme nécessaire afin
de promener l'idole en procession : c'est une afTaire de dix à vingt
mille taëls. Au jour fixé, les habitants des villes, non moins zélés
que ceux des campagnes, se mettent à la suite du dieu, à travers
les rues de la cité durant des heures entières, au milieu d'un va-
carme indescriptible. C'est ainsi qu'on le prie de détourner le
fléau qui détruit le peuple. Parfois on l'expose aux injures de Tair,
pour lui faire comprendre qu'il faut la pluie ou le beau temps.
Lorsque tous les dieux connus et invoqués jusque là restent
sourds aux supplications du peuple, quelque puissant personnage
invente une nouvelle divinité. C'est ce qui eut lieu sous le pre-
mier empereur des Ming Çg (1368); Hong-^hou §11^ venait de
conquérir sur les Mongols, l'empire chinois qu'ils avaient gou-
verné 88 ans ; il pensait jouir en paix de sa conquête, mais le
Ciel sembla se déclarer contre lui. Des pluies torrentielles inon-
ENTRETIEN DU CANAL SOUS LES TSING. 37
daient toutes les provinces. Vainement on avait invoqué tous les
génies tutélaires de Tempire; le fléau ne s'arrêtait point. Lieou
Pé-wen ^ fiâ S' vacher dans son enfance, îio même que le nou-
veéu monarque qui en avait fait son premfer Ministre, trouva un
moyen infaillible de faire cesser les pluies Avec l'approbation de
son maître, il fit couler en fonto neuf bœufs, deux tigres et une
poule, munis à Tintérieur d'un cœur d'or et d'intestins d'argent.
Il fit placer ces bêtes dans les localités les plus exposées aux
désastres des inondations. Chao-pé et 3fci-pon(/-wan, bourgs situés
sur le Canal impérial et Kao^liang-kien sur le Hong-tché-hou^
possèdent chacun un bœuf de fer. Un autre bœuf, un tigre et la
poule se trouvent dans la pagode de la Reine du ciel à T'ien-fei-
tcha.
Sous le règne de K'ang-hi le fléau des inondations se re-
produisit très fréquemment. Un censeur de Tempire, Tchang
P'ong-ho ^ HI ||. dans une requête au trône, en signala la
cause : c'est que les bœufs de Hong-hou étaient vieux, couverts
de rouille et devenus incapables d'arrêter les pluies. En consé-
quence, le sage conseiller demandait qu'ils fussent renouvelés,
l'illustre Tartare approuva la supplique : de nouvelles bêtes à
cornes allèrent predre la place des anciennes qui s'étaient laissé
enlever le cœur et les entrailles par des gens avides d'or et
d'argent. «Mais les inondations ne cessèrent pas de désoler
l'empire.
La 35* année du même règne (1696), le 24* jour de la 7" lune,
il s'éleva un vent de tempête des plus violents ; la pluie tomba
par torrents, les flots bouillonnaient avec fureur, et l'eau s'éleva
de plus de vingt pieds. L'écluse de la porte du midi de la cité
de Kao-yeou se rompit et le torrent se précipita par la brèche.
Les mandarins firent tous leurs efforts pour sauver les murs
d'enceinte. Les habitants quittaient la ville en descendant du haut
des murailles par de grosses cordes dans des barques de sauve-
tage. Le péril était grand: la moindre inadvertance faisait chavi-
rer l'embarcation, et les maladroits disparaissaient dans le gouffre
écumant. Le Chang-ho et le Hia-ho avaient pris le même niveau.
Au bout de dix jours, l'eau commença à décroître. Le gouverne-
ment dispensa du tribut et distribua des secours aux plus néces-
siteux.
Les eaux furent grandes aussi les 37" et 38" années de K'ang-
hi, mais ce fut bien pire la 39*. Le Hoang-ho el le lloai-ho des-
cendirent au midi, et le flux du Kiang remonta au nord, de sorte
que les trois grands fleuves se mêlèrent dans le Yang-tcheou-fou.
Plusieurs départements étaient devenus une vraie mer ; il y avait
quarante pieds d'eau à Chao-pé, On ne fit point de moisson, et
Tannée suivante, on ouvrit à douze ou -quinze H de Yang-tchpou
deux nouveaux canaux courant vers le fleuve lilcu : l'un fut
appelé Jen-(se-/io A '^ pi ^^ l'autre jf^ pj| fpf Wan-rpou-ho, La
38 tB GHANi) CANAL.
40® année de K^ang^hi, TEmpereur dit à son Conseil privé :
«Maintenant, les affaires des canaux commencent à s'éclaircir, néan-
moins il nous reste beaucoup à faire: les six pa construits la 19*
année sont déjà obstrués; les eaux du Hoang ho ne pouvant plus
s'écouler, refluent sur elles-mêmes; de plus la jetée de Kao-feta-
y^^ 1^ ^ ifii n'étant point aesez solide, est en danger de céder.
Si elle vient à se rompre, les départements du Yang-tcheou fou
et du Hoai-ngan fou seront submergés. Laisser les canaux s'obs-
truer c'est une faute que Yu Tch'eng-long ^ js£ H n'aurait pas
commise. Maintenant que les eaux deviennent grandes, le terri-
toire de Hiu^i hien B}' |^ j|^ et de Se-tcheou ^ ji\ est exposé
aux plus grand malheurs. Que je jette les regards vers l'orient
ou vers l'occident, je ne vois que des calamités fondre sur mon
peuple; ces pensées me poursuivent jour et nuit. C'est à vous de
me proposer au plus tôt des moyens efficaces pour remédier à ce
triste état de choses.» Le Gouverneur général des canaux, Tchang
P^ong-'ho ^ ]Q| ]^, chercha à justifler sa manière de faire, mais
l'empereur lui fit de sévères remontrances et l'envoya chercher
le moyen de réparer sa faute.
Deux ans après, l'Empereur visitait lui-môme les travaux
exécutés sur le Hong^tcliê-hou. Il donna l'ordre de construire sur la
rive orientale trois nouveaux jja; l'un, au midi, avait 70 toises
de longueur et 6 pieds 8 pouces de hauteur; le deuxième^ au nord,
mesurait 70 toises de long et 6 pieds 8 pouces de haut; le troisième
n'avait que 60 toises de long et aussi 6 pieds 8 pouces de haut.
Lorsque ces grands barrages furent terminés, on construisit en
aval, des digues fort élevées pour conduire les eaux au loin dans
les lacs inférieurs. On exhaussa aussi la chaussée et on la con-
solida avec des pierres de taille sur une étendue de 87 li, de Ou-
kia-^k'iao fC ^ >fg jusqu'à Ts'ing-ho Kao-yen ^ Jg.
La construction apparaissait au loin comme une montagne.
L'intention du monarque était de diviser les eaux à l'époque des
inondations : une partie serait refoulée dans les fleuves Hoai et
Hoang; l'autre par un on plusieurs pa ouverts à dessein, s'écou-
lerait par les lacs inférieurs dans le Canal impérial. Là, dans la
digue orientale, étaient aussi pratiqués plusieurs pa correspondants
à ceux du grand lac, que Ton devait ouvrir au moment du danger,
suivant la crue des eaux. Malgré les inondations qui signalèrent
la fin du règne de R'ang-hi, tout ces travaux furent heureusement
exécutés. Sous Yong-tcheng ^ JE \e trésor solda l'argent néces-,
saire pour les terminer.
Le règne de K'ien-long j^ j^ (1746-1796) compta seize années
de grandes eaux. Je me bornerai à extraire des Chroniques ce
qu'elles en disent de plus remarquable. En 1742 les 27, 28 et
29° jours de la 6® lune, la pluie tomba par torrent ; l'eau s'éleva
de plus de dix pieds. Le 15 de la 7® lune, les cinq pa de la digue
de KaO'ijeou étaient ouverls. Pour protéger la cité on boucha
ri. XV.
ENTRETIEN DU CANAL SOUS LES TSING. 39
solidement toips les canaux qni avaient ouverture dans la ville.
Le Chang-ho et le Hia^ho furent également submergés. Le gou-
vernement distribua (500 000) cinq cent mille onces d'argent; les
pauvres furent nourris jusqu'à la i^^^ lune intercalaire de Tannée
suivante. En 1751 l'empereur visitait ses provinces du midi; il
voulut aussi examiner par lui-même les voies de communications
et les chaussées. Les eaux du Hong-tché-hou ont pour cours
naturel et ordinaire le lit du Tsin-keou vers le nord, ce n'est que
pour cause de crues extraordinaires qu'elles se font une route
latérale par les lacs de Kao^yeou, Pao^yng et autres. S'étant
bien rendu compte de ces faits, le monarque donna Tordre
d'ajouter deux nouveaux pa, aux trois déjà construits la 42* année
de K'ang-hi, et leur donna les noms de Jen, I, Li, Tche et Sin,
tl) iK* JBf ^i fil 9 (^)* li traça également un règlement pour
l'ouverture de ces cinq pa à Tépoque des grandes eaux. Il faut
toujour chercher à prévenir les débordements et les pa ne doivent
s'ouvrir que dans les cas d'urgente nécessité, pour éviter d'inonder
le Chang-'ho, De même il ne faut ouvrir les cinq pa de la digue
' orientale du Yun-^liang ho qu'à la dernière extrémité de peur de
submerger le Hia-ho. Lorsque les eaux sont très grandes, ce
qu'indique une échelle de graduation, on ouvre les trois premiers
pa^ Jen, I et Li, si le niveau se maintient. S'il s'élève de trois
pieds 5 pouces, on ouvre encore le Tche^pa; si les eaux ne dimi-
nuent pas, on lâche aussi le Sin-pa. L'aiHuence des flots dans le
Canal impérial force à faire une opération semblable dans la digue
orientale ; on ouvre successivement les cinq jja, suivant Un ordre
prescrit; on commence par le Tc/i'ë-^ou-pa J^ jg {^ parce qu'en
aval il y a une magnifique tranchée qui conduit les eaux assez
loin dans le Hia-ho. C'est ce qui reste des deux fameuses digues
élevées à tant de frais la 15* année de R'ang^hi.
Si les eaux augmentent, on ouvre en deuxième lieu ATan-
/loan-pa llf H IS > si le niveau ne diminue pas, on ouvre Sin-^pa
ISi ifi'y 8Î l6 ^ot ne fait que grossir, on ouvre Tchong^pa rfi jg,
le plus difficile à ouvrir et à fermer, parce qu'il est plus bas que
les autres. Ces quatre pa sont sur le territoire de Kao-yeou. Le
cinquième, rc/iao*àoan-pa B3 HJ^se trouve dans la sous-préfectufe
de Kan-'ts'iuen hien "M" j^ JH (2). Le iVan-/toan*pa fut construit
en pierres la 41* année de K'ang-hi. Il a 66 toises de longueur
sur une hauteur de 7 pieds 5 pouces. En aval se trouve aussi un
beau canal qui mène les eaux par Hing^hoa et le Fan^-kong^ti à
la mer Jaune.
Le Tch'éAoU'pa fut construit de même la 41* année deK'ang-
hi. Il mesure 64 toises sur une hauteur de 7 pieds 7 pouces. Le
Tchong^pa est de la 47* année du même règne. Il a 12 pieds
(1) «Clémence, justice, civilité, pradeuce, sincérité.»
(2) Le Chef -lieu de cet arrondibsenient se confond avoc Ia viUe mAme de Yang-Uheou.
40 LE GRAND CANAL.
d*éldvation. Voici comment les Chroniques rapportent Torigine du
Sin^pa et du Tchào~koan-pa.
La 2* lune de la 22® année de KHen-long, le Bureau des ca-
naux publics exposait ce qui suit dans un rapport à l'Empereur :
«Les cinq pa du Honq^tchè-hou donnent à l'eau un passage de
320 toises, tandis que les trois pa de Kao-yeau n*ont ensemble
qu'une étendue de deux cents toises. En conséquence, Teau qui
vient ne peut toute s'écouler; il est donc impossible d'empêcher
l'inondation. II faudrait ouvrir deux nouveaux pa : l'un serait à
TchaO'koan et pourvu d'un canal qui conduirait l'eau au delà de
la digue maritime, Fan-kong-ti,» L'Empereur traça sur cette
pièce les deux caractères : «J'ai entendu», et la fît remettre au
Ministère des travaux publics.
Le Ministère des travaux publics fît observer que les eaux des
lacs qui entrent dans le Yiin-ho par vingt a trente ouvertures, se
divisent en deux voies : les quatre cinquièmes se jettent dans le
Hia^ho par les long, les tcha et les pa, s'écoulent par divers ca-
naux, passent en partie par les écluses de la digue maritime,
et se perdent dans la mer Jaune. L'autre cinquième entre dans
le Canal impérial au midi du bourg de Chao-pê et se précipite
dans le Yang-tse-kiang par Koua-tcheou, l-tcheng, Pé-fa-Zio et
autres canaux. Néanmoins comme les eaux du HoaUho et autres
rivières ne peuvent être contenues dans Vécuelle de Kao^yeou, il
est bon de construire les deux nouveaux pa demandés. Ainsi il y
en aura cinq dans la digue du Canal, correspondants auv cinq
pratiqués dans la chaussée du Hong^tché^hou.
Ces pa existent encore en 1893 et fonctionnent toujours à
l'époque des grandes crues, suivant le règlement tracé sous le
règne de KUen^long.
Quelques exemples tirés de l'histoire feront facilement com-
prendre tout le système.
La 43* année de K^ien-long (1778). le Hoai-ho et le fleuve
Jaune grossirent démesurément, par suite des crues des cours
d'eau du Ho^nan.
Les lacs et le Tsin^keou furent bientôt remplis; l'inondation
était générale. On ouvrit les cinq pa du lac et les cinq pa de la
digue du Canal,- les deux départements furent sous l'eau durant
plusieurs mois.
En 1786, à la 6® lune, une pluie remplit en peu de tems le
/foang-/io et le Hoai-ho. On ouvrit d'abord au nord dans le Hoai-
ngari'fou plusieurs pa. L'eau continuant à grossir, on ouvrit aus-
si les cinq pa du lac et ceux de la digue; le pays était 'devenu
une vaste mer.
La 9èi^^« année de Kia-k'ing ^, $^ (1804), à la 8» lune l'eau
monta de 13 pieds dans le lac de Pao-yng; à Kao-yeou on ouvrit
trois pa, Tch'é-lou-pa, iVan-ftoan-pa et Sin-pa,
L'année suivante la violence du vent et des flots fît rompre
ENTRETIEN DU CANAL SOUS LES TSING.
il
I-pa du lac. Un torrent se précipita sur Xao-yeou ; le 3 de la 5^"»«
lune, Tc/i'é-fou-pa, .Van-ftoan-pa, Sin-pa et Tchong^pa étaient ou-
verts ; on boucha solidement toutes les portes, mais la moitié des
remparts s'écroula.
En 1806. sur le lac on ouvrit Tche et Li-pa, k Koa-yeou,
Tch'è'lou et Nan-koan-pa.
L'an 1808 amena des phénomènes extraordinaires. A la 5 '
lune on ouvrit Tche et Sin-pa sur le lac. Le Canal débordait, on
ouvrit Tch'é-loU'pa et Tenu diminua se perdant dans les marcs et
les étangs. A la 0" lune le Canal était à sec. ses barques ne pou-
vaient plus circuler, puis à la 1^^^ lune les eaux redevinrent tel-
lement grandes qu'on dut ouvrir les cinq pa.
L'an 1810, le 15" jour de la 10'* lune, un vent violent rompit
Jen, I et Tche^pa; les flots se ruèrent sur Kao-yeou: bientôt le
Canal débordait. Le mandarin consolida ses pa à Texception de
Tch'é-lou-pa qu'il fit ouvrir. Dans la sous-préfecture de Kiang-
toii-hien (1) on ouvrit tous les pa, les tcha et les long, et les eaux
s'écoulèrent dans le fleuve Bleu. Hing Floa, T'ai^cheou, Tong-
t'ai, Yen-tch^eng, Fcou-ning et autres sous-préfectures ne souffri-
rent point de cette inondation.
Le tableau suivant fera encore mieux comprendre ce qui a
été dit précédemment. C'est un extrait de la dernière édition des
Chroniques de Kao-ycou. Il indique les circonstances des princi-
pales grandes crues des derniers règnes depuis 1844. On y mar-
que Tannée, le mois, le jour, la hauteur de Teau et l'ouverture
des pa.
Aiincc.
Lniip.
Jour.
llniit^nir
J 11 ^ J4»\
\ Ouverture
1
de 1 eau (J).
des j*a.
1
pieds
1844
9'
10
: 15
' 17
13Jpoiic
Tch'é'loU'pa,
1 Tchong-pa,
,Sm-pa.
1846
1"
' 5
1
14,5
Tch'é-lou-pa.
1848
6«
20
14,9
Tch'è'loU'pa.
, 21
15,
Sin-pa, Tchong-pa,
; 27
14,1
iVan-Aoan-pa.
1849
6^*
. 22
15,8
rc/i'é-Zou-pa.
; 23
15,9
Tchong-pa.
7«
i 2
14,1
•Van-/foan-pa.
i 3
1
13,9
Sin-pa.
1
(1) lie Chef-lieu de cet arrondissement se confond aussi avi-c l.i ville préleetoralB de
Yavff-tchcou.
(2) La lonf(ueur du pied (fi) dési^Mié ici, est d'environ 35 centimètres.
42
LB aRAND CANAL.
Année.
Lune.
Jour.
Hautenr
de l'eau.
Ouverture
de8j>a.
pieds
1851
7e
28
15,6po»<:-
Tch'é'loU'pa.
8e
2
15,4
Tchong-po.
1852
6e .
29
15,1
Tch'é'loU'-pa^ Tchong-pa.
1853
7e
28
13,7
Tch'é^loU'pa,
29
14,3
Sin^pa,
8«
1
14,8
Nan-feoan-pa.
1862
8e
2
14,6
Tch'é'lou-pa, Tchong-^pa.
1865
7e
6
15,3
rc/i'é-ïou-pa.
12
16,1
Sin-pa.
1866
6e
27
17,1
Tch'é'lou-pa.
28
13,8
Nan-ftoan-pa.
1870
7e
25
14,5
Tch'é-loU'pa.
1878
7e
16
15,7
Tch'éAoU'pa.
21
■15,8
Nan-ftoan-pa.
24
15,4
Sm-pa.
1881
7e
12
16,4
Tc/i'c-tou-pa.
16
15,3
Nan-ftoan-pa.
Le Hia-ho renferme en tout ou en partie le territoire de neuf
sous-préfectures et compte trente et un millions d'arpents (||j() de
terre; ce qui représente environ deux millions trois cent mille
hectares. Quand on ouvre un ou plusieurs pa, il ne s'écoule que
peu d'eau à la mer, car il n'y a point de digue pour la maintenir
dans les canaux, et les écluses du Fan'kong'-ti, seulement au
nombre de dix-huit, n'offrent que soixante-dix toises d'ouverture.
L'eau vient rapidement et ne peut s'écouler que lentement, elle se
répand donc nécessairement dans la plaine du Hia-ho et couvre
une immense surface. Si l'inondation est forte et qu'il vienne à
souffler un vent violent de tempête, c'est une ruine universelle.
Le pays devient une mer des plus dangereuses; tout le monde se
réfugie sur une plage moins inhospitalière. Après la retraite des
eaux, heureux celui qui retrouvera sa maison encore debout,
quoiqu'il l'ait bâtie sur un tertre de six pieds de haut. Par bon-
heur ces calamités sont devenues plus rares, depuis que le fleuve
Jaune a reporté son cours vers le golfe du TchèAi (1).
(l) Pour compléter cette seconde partie de notre étude, nous donnerons ici le résumé
d'un intéressant article de M. H. Plaj-fair (China Review. Juin 1875) sur le tranport du
tribut en grain par le Canal. Les sources auxquelles l'auteur a emprunté ses documents
{Ta-taing koei-ticn ^TC ]^ W 4K ) Édit. de 1818) conviennent précisément à l'époque qui
vient de nous occuper : l'éventuatité d'une guerre avec la Chine et d'un blocus du côté de la
mer, pourraient du reste rendre un jour ces notions rétrospectives, d'un intérêt très actuel-
SNtRETIBN DU CANAL SOUS LES T8IN6.
43
I. Au commencement de ce siècle, le personnel de ce service comprenait outre le
Gouverneur général (Jf M Ift^^) et huit Intendants (SlîE). 242 Lieutenants('f"i|j) ,
Î18 officiers d'escorte (81 flÇ)? et OG.llO hommes de pavillon ÛR T)'
Lie tableau suivant donnera la répartition de ce personnel selon les différentes
Iiitcndauccs.
Intend.
Lieuten.
Off. d'escorte
Hommes
de pav.
i^lottcs.
Il] M
ÎL *
ÎL A
mîL
m ^
ïlB
(Riz blanc.)
20
20
98
18
2ii
12
G
G
•
G
7
10
49
9
13
21
3
3
3
G.4G0
3.7r»o
28.310
5.220
6.380
11.050
1.800
1.780
1.360
10
10
49
9
13
21
3
3
8
Total.
242
118
66.110
121
II. Voici, d'après le mi^me article, le tableau général du tribut annuel pour les
mrmcs Intendances.
lutend.
Grain.
Riz blanc.
Argent.
Bambous.
Nattes.
Boi.s
de charp.
pic.
pic.
T
pic.
pJc.
pic.
lU M
'39! .283
31.197
400
258.983
iPï m
288.387
19.132
400
u. ^
522.i24
88.643
1.960
303.S54
»m
48r)02<î
107.678
181.436
it n
932.962
9i.oir>
2.500
m iL
1.140 318
56.:.t)2
330.471
mit
191.664
27.721
470
M $
142.934
11.348
470
pic
pic.
T
pic.
pic.
lie.
Total.
4.053.789
164.180
780.963
2.760
«Î2.837
3.440
Le seul transport du grain ani-ait donc demandé, pour des charges moyennes de 400
pic, un effectif de dix mille barques, chiffre donné précisé ment par les anciens missionnaires.
Or, comme nous le verons plus loin, les barques ne transportent actuellement que
2 à 300 piculs.
Pour les détails techniques donnés par les missionnaires sur les transports du Canal
aux 17' et 18'" ciccles, le lecteur pourrq consulter notamment: Nie. Trigault. De Chriêtianâ
rxped.npud .S'/jj/m. pp. ^31, 333, 334, 343. — G. de Magaillans. A«-Mrr//r relation df ia
Chine. Paris 16,^8. p. Kil.— J. B. du HaUle. Description dr l'impin- de lu Chine. Paiin,
1735. T. I. p. 31. T. II. p. 158. — L'js récits des ambassades fait«'9 \ers la fin du demi«-r
siècle ajoutent peu de notions exactes.
44
CHAPITRE VI.
■^j'iQlio*
CANAL ACTUEL
->S-H-
Déplacement du Hoang-ho (1850). — Inondations. — Non
velle distribution des pa, leur réglementation.
o-^j ^'\'^'0K3*'
45
CHAPITRE VI.
->^r^-
CANAL ACTUEL.
; (1850-1893)
La dernière année do TaO'-koang ^ 5|J (1850), le Iloang ho
changea son cours. Les auteurs que j*ai entre les mains ne disent
rien des causes ni des circonstances d'un si grand phénomène:
ils se bornent à le consigner sèchement.
Le limon que le fleuve Jaune entraînait avec lui depuis sept
cent soixante-douze ans, se déposant incessamment en couches
légères, avait fini par élever démesurément son lit et les terrains en-
vironnants, et obstruait toutes les embouchures quMl s*était succes-
sivement faites pour se jeter à la mer. Il aurait fallu d(B grands tra-
vaux pour remettre en bon. état toute cette voie fluviale, mais c'était
l'époque des Tch^ang-mao : depuis plusieurs années, ils semaient des
ruines dans tout Tempire; tout était en sou fTrance. La guerre civile
absorbait les revenus du trésor et par économie on difl'érait les
réparations les plus urgentes. Les digues du Iloang ho auraient
dû être consolidées ; elles ne le furent pas et elles se brisèrent.
Il est des écrivains qui se demandent si elles n'ont point été
rompues par les Impériaux pour noyer les Rebelles.
On peut voir cette question traitée dans le Journal of the
Royal Asiatic Society, December 1866. Le bruit en a couru, m*a
dit un de nos vieux missionnaires en Chine à cette époque, mais
je ne puis garantir le fait. Quoi qu'il en soit, la brèche se fit dans
le Flo^nan à un« centaine de li en aval de K'aUfong fou. Le fleu-
ve dirigea son cours vers le nord, traversa la pointe méridionale
du Tche^li, et arriva au territoire du Chan-tong,
Là, des montagnes présentèrent naturellement un obstacle au
cours du fleuve. Ost au nord ou au midi du T'ai-c/ian ^ [Ij
«Suprême montagne», qu'il doit couler. Abandonnant ses embou-
chures du Kiang-sou par le 34* degré de latitude, il devait s'en
creuser de nouvelles dans le golfe du PéMche-li, au nord de la
péninsule montagneuse vsrs le 38' degré. Violemment refoulé
vers le septentrion, il a rencontré le lit du fleuve Ta-tR'ing ^ |p}
}ïif, il s'en est enparé, le creusant et l'élargissant à sa taille.
Depuis, on a dû lui élever une double digue, pour l'empêcher de
ravager annuellement les campagnes. Mais le terrible tyran est
46 LE GRAND CANAL.
t
difficile à enchaîner dans son lit; souvent encore il va se prome-
ner à travers plusieurs départements, où il se plaît à amonceler
des ruines (1).
Chaque année les ingénieurs indigènes semblent vouloir faire
le suprême effort pour le dompter, mais les mauvaises langues
disent que le Hoang ho est pour eux un commerce lucratif. «Si
le monstre ne sortait plus de sa cage, il ne serait plus nécessaire
de payer des chasseurs pour l'y faire rentrer.» De sages penseurs
émettent un avis pour prévenir les inondations du fleuve Jaune:
ce serait de lui creuser, au nord et au midi des montagnes chan-
tonaises, deux lits, qu'il devrait suivre alternativement. On re-
creuserait l'un, tandis qu'il coulerait dans l'autre. Est-ce réali-
sable ?
Je l'ignore. Les intéressés feraient peut-être bien d'étudier le
projet. Après avoir changé son cours, le fleuve Jaune n'est pas
devenu plus navigable qu'auparavant. Son courant trop rapide
offre de grands dangers aux bateaux qui le suivent, et ceux qui
veulent le remonter, ne peuvent avancer qu'avec un vent violent
et très favorable, aussi ne porte-il de barques que celles des rive-
rains et les nombreux bacs qui passent les voyageurs parfois avec
de grandes difficultés. Aucun gros navire n'entre par ses embou-
chures. Pourra-t-on jamais aménager les eaux de ce fleuve dé-
vastateur, de manière h en tirer plus de services pour l'humanité?
C'est un problème que résoudra plus tard l'habileté des ingéni-
eurs (2).
Le retrait du fleuve Jaune a modifié les conditions hydrogra-
phiques de la Hoai. Cet important cours d'eau, avant 1851, don-
nait une partie de ses eaux au Hoang ho et TanAre au Canal im-
périal. Aujourd'hui il se déverse complètement dans celui-ci par
une double voie : l'une, par la pointe nord-est du Hong^tchê hou,
rencontre à Ma^teou çg |î, un peu au-dessus de Tien-fei tché, les
eaux que le Canal amène du Chan-tong ; l'autre au sud-est, par
les passes de Tsing-kia-pa et autres, naguère splendidement en-
tretenues, aujourd'hui couvertes de ruines, forme une série de lacs
parallèles au grand Canal dont ils sont séparés par une digue
munie de nombreuses bouches de déversement. Ces lacS s'appel-
(1) C'ost ainsi qu'en 1887, le Pleuve ayant crevé se^. digues au sud-est de Tchevg
tnheou Î!|S ^î la plus grande partie de ses eaux gagnèrent le Hooï-Tïo par la rivière C/jfl-/jo
îjr t^î à travers la province du Ngnn-Jioai. Il est fâcheux que les deux cartes réservées à
la Chine par M. Schrader dans son Atlas, aient consacré comme définitif cet état de choses
qui no fut que temporaire, et avait déjà cessé, lorsque la maison Hachette édita cet ouvrage.
(2) Le T>' Martin, à la suite d'un voyage entrepris à K^aifovgfnu (5B Î^Jn )<*" Fé-
vrier 1866, descendit la section moyenne du Canal impérial, dont il rendit compte en
suggérant plusieurs perfectionnements qui pourraient f^tre apportés îl ces travaux. Cf.
Hanlin papern, Londres, 1880. p. 875/8. On peut voir dans le m6me récit (pp. 371 et 372,
not.) d'intéressanteg oonsidératioui sur la nftvigabilitô du fleuve Jaune.
CANAL ACTUEL. 47
lent Pao^yng^hou ^ it j|Di Kao^yeau-hou Iff §[^ ^^ Chao^pé^hou
f|) fj^ jjJH, noms des principaux centres situés à leur hauteur, de
Tautre côté du Canal. La digue protège celui-ci contre les vagues
des lacs et fournit aux mariniers une route de halage.
Le retrait du fleuve Jaune fut un événement heureux pour
quelques uns, une catastrophe épouvantable pour beaucoup d'autres.
L'empereur perdit plus que personne : l'approvisionnement de la
cour est devenu beaucourp plus diflicile; dix mille jonques, ca-
pables de charger 800 à 1000 picules, se trouvèrent subitement
hors d'usage. Les eaux du Hoang-ho qui les remontaient cinq
cents H au nord, venant à leur manquer, elles disparurent toutes
peu à peu. Elles sont remplacées par des barques de louage,
Ming*-tch'oan J^ j|& de moindres dimensions. Elles appartiennent
à des particuliers qui s'engagent à transporter à la capitale deux
à quatre cents piculs de riss moyennant rétribution. Ces barques
voyagent par flotilles et s'entr'aident à franchir les écluses et
autres mauvais passages; l'empereur leur accorde la franchise des
douanes et plusieurs autres privilèges.
Depuis que le Hoang-ho a repris son cours primitif vers le
golfe du Pé^lchc^li, le nombre des gens de barque a bien diminué
dans les départements de Shi^tcheou fou et de Hoai^ngan fou, et
on y sème moins de riz qu'auparavant; mais le pays n'est point
aussi dépeuplé ni aussi appauvri qu'on pourrait le croire. Pour
son compte, le département de Yang^tcheou fou est fort content
d'être débarrassé d*un ausi mauvais voisin. Les eaux du Hoai^ho
et des lacs lui sufïïsent communément pour alimenter le Canal
et fertiliser ses campagnes. Les inondations sont devenues beau-
coup moins fréquentes et moins désastreuses, et il est bien plus
facile d'entretenir en bon état les canaux et les chaussées; néan-
moins ils demandent encore beaucoup de soins et des dépenses
considérables. Il suffit de lire les Choniques de Kao-yeou pour
s'en convaincre. Sous le règne de Hien^-fong jf^ j( (1851-1861)
les «Rebelles aux cheveux longs» promenaient dans l'empire le fer
et le feu. Trois fois, en 1853, 1856 et 1858, ils prirent la ville
de Yang'-tcheou dont la richesse était de nature à exciter leur cu-
pidité; trois fois ils la saccagèrent et la livrèrent aux flammes.
Cependant à cette époque d'anarchie, on réparait les digues. Les
Annales relatent ce qui fut fait sur le territoire de Kao-yeou les
4% 5*, 6% 10» et 11* années de Hien-fong. En 1855, la 4è«»e de
T'ong-iche |^ fj§, l-i Hong-tchang ^ ^ JKf Vice-roi des deux
Kiangr, c'est à dire du Kiang*i%&n tL ^ ^^ ^u Kiang^si fz 'g', fit
remanier la digue orientale sur une étendue de mille trois cent
quinse toises (la toise ^ est de dix pieds) et quatre ans plus tard,
son successeur Ma Sm-t J9S K |^) commanda de continuer les
mêmes travaux. On refit deux mille cent vingt-six toises de la
digue orientale et l'on posa des pierres sur la surface de mille
quatre cent soixante-huit toises de la digue occidentale.
48
LE GRAND CANAL.
Neuf ans s'étaient à peine écoulés que nous voyons le nou-
veau Vice-roi Chen Pao-tcheng ^cKOky adresser un long mémoi-
re à la Cour. «Mes prédécesseurs Tseng Kouo-fan '^ B flf ^^ ^^^
Sin-i j^ ^ 1^ commencèrent, dit-il, à réparer les digues, mais les
travaux n'ont point été terminés faute d'argent. Il est cepen-
dant de toute nécessité de remettre en bon état les deux digues...
Mais pour exécuter ces grandes améliorations, il faut des hom-
mes, de la terre et des pierres. Où en trouver? Faute d'ouvriers,
on pourrait faire travailler les soldats, mais ils seraient encore
en trop petit nombre. Les pierres doivent venir de Lao-tsc-c/ian
^B -F lll (1) et le transport coûtera beaucoup : quant à la terre,
il ne faut par songer à en prendre à l'ouest du Canal où il n'y a
que des lacs; il faut donc l'acheter au Hfa-ho. Mais les riverains
estiment la leur au poids de l'or et rsfusent de la vendre. Il faut
donc aussi la transporter de loin, ce qui est très dispendieux et
nous ne pouvons disposer que de fonds peu considérables. Cepen-
dant si les réparations ne se font pas, une inondation peut subi-
tement causer les plus grands désastres. Le Hia^lio et le Li-ho
produisent beaucoup de riz: si leur récolte est perdue, c'est la
disette à Pé-king, Il faut donc faire un effort suprême pour réunir
l'argent nécessaire. Ne pouvant exécuter tous les travaux en mê-
me temps, je demande que cette année on répare la digue orien-
tale.» La requête fut agréée. En 1879 on répara la digue orien-
tale : elle a à sa base quatre-vingts pieds et dix seulement à sa
superficie, qui pst recouverte d'une couche de moellons de Lao-
<se-c/ian.
L'entretien des pa attira aussi les soins des administrateurs
des canaux. La 5^ année de K*oang^siu ^ ^ (1879) Chen Pao-
tcheng fit reconstruire Tch^é-lou-pa avec de grandes améliorations.
Primitivement, à la base du pa de la longueur de soixante-six
pieds, il y avait un lit de deux pierres de taille d'épaisseur; mais
l'expérience avait prouvé que facilement ces pierres se disjoi-
gnaient et étaient emportées par la violence du courant. Cette fois
on fit mieux ; les ingénieurs avaient vu les Européens faire usage
du béton, qu'ils appellent San-/io-rou H "â" i î ^ ^^ basse de
leur pa, ils en mirent une couche de l'épaisseur d'un pied deux
pouces sur laquelle ils posèrent une rangée de pierres de taille;
le mélange donna un tout très compact et très solide. Le lit du
Canal s'étant fort élevé depuis le règne de K^ang-hi, époque de
la construction de ce pa, on dut y apporter de nombreuses modi-
fications. Plus tard les autres pa furent restaurés sur le modèle
de celui-ci.
Les anciens règlements, qui fixaient le niveau de la hauteur
des crues pour l'ouverture des pa, furent aussi modifiés. La 8®
année de Tao-koang (1828), on avait décidé que, les eaux attei-
(1) Pointe rocheuse dans le lac Hoiig-tché.
CANAL ACTUEL. 49
gnant le niveau de douze pieds huit pouces, on ouvrirait le T'ché-
lou'pa et que si elles continuaient à s'élever, de quatre pouces en
quatre pouces, on ouvrirait successivement les trois autres pa,
Narij Tchongj Sin pa. En 1832 les administrateurs fixèrent à
quatorze pieds le niveau des eaux pour l'ouverture du T'ché-lou-pa
avant le 1 Août, jour du Li'-t'sieou, jj; Jlj;, commencement de
Tautomne. Après le Li^t'sieou, on devait suivant l'ancien règle-
ment, s'en tenir à douze pieds huit pouces.
En 1868 le Vice-roi Tseng Kouo*-fan '^ fft le Gouverneur
général du Canal du tribut, Tsao-ho-tai ff fj^ 2, et le Gouverneur
de la province, Siun-fou ^^ se réunirent en conseil avec plusieurs
licenciés et tracèrent un nouveau règlement pour l'ouverture des
pa. Ils commencèrent par exposer de belles théories^ économiques:
ouvrir un pa, c'est uue grosse dépense pour l'administration et
c'est une grande perte pour le liia^ho, qui aura d'autant plus à
souffrir que le pa sera plus tôt ouvert. Il faut distinguer avant
ou après la récolte du riz deux époques diiTérentes. Voici les
modifications proposées dans cet illustre conseil pour le règlement
de l'ouverture des pa.
Avant le Li-t*sieou, commencement de l'automne, c.à.d. avant
la moisson du riz.
1/ Le T'ché'lou'pa, long de 64 toises, s'ouvrira désormaitr
au niveau de 14 pieds, au lieu de 12 p. 8 pouces.
2/ Le Nan^koan'-pa, long de 66 toises, s'ouvrira au niveau de
14 pieds 4 pouces, au lieu de 12 pieds 8 pouces.
3/ Le Tclïong^pa, long de 50 toises, s'ouvrira au niveau de
14 pieds 8 pouces, au lieu de 13 pieds 2 pouces.
4/ Le Sin^pa, long de 66 toises, s'ouvrira au niveau de 15
pieds 2 pouces, au lieu de 13 pieds 2 pouces.
Après le LUi'sieou, l'ouverture des pa devra se faire confor-
mément au règlement fixé la 8" annés de Tao^koang.
5/ Quant au Tchao^koan^-pa, qui mesure une longueur de 24
toises et se trouve sur le territoire du Kan-t'siuen-/iien, il
n'a point été ouvert depuis longtemps et n'a jusqu'ici été soumis
à aucune règle particulière. On trouve, en relisant les Chroni-
ques, qu'il a été ouvert la 12^ année de Tao-koang, le 1*' de la 8®
lune, à un niveau d'eau de 20 pieds 5 pouces, et le 25* jour de la
7^ lune de la 28* année du même règne, les crues étant montées
à 22 pieds 4 pouces. rc/iao-/ioan-pa, ne s'ouvrira qu'à la dernière
extrémité. Ce règlement soumis à l'appréciation de l'empereur
fut approuvé et fait encore loi aujourd'hui. Néanmoins l'examen
du tableau de l'ouverture des pa montre qu'il n'est pas très rigou-
reusement observé : l'on difTére le plus qu'on peut. Ainsi la 8*
année de Koang-siu (1882), les eaux étaient très hautes; le Vice-roi
Tso Tsong-tang & ^ ^ délégua trois Tao^t'ai J( ^ Intendants,
pour diriger la manœuvre des tcha et des pa. La règle de gradua-
tion du Canal impérial marquait à Kao-yeou 16 pieds d'élévation,
4
50 LE mA]^ QANAL.
néanmoins on oi'ouvrit aucun pa. L'année siâvante on ouvrit
T'ché-Aou-psL au niveau de 16 pieds 4 pouces, le 12* jour de la 7*
lune, et le 16ème^ q^ ouvrit Nan-ftoan-pa, avec une élévation de
15 pieds 3 pouces. Les tcha, pa et autres constructions des ponts
et chaussées résistent plus que dans les temps passés, parce
qu'elles sont plus solidement faites. C'est dit-on, le mérite de la
compagnie Ho^kong-'tsong^hiu flÈ I Hl j^' ^^* maintenant est
chargée de ces travaux.
51
CHAPITRE VIL
NAVIGATION ET TRANSPORTS.
Transports et navigation. — Ecluses tcha. — Douanes, ponts,
sécurité. "-~ Communication avec la mer.
'B^X-^
52
CHAPITRE VIT
NAVIGATION ET TRANSPORTS.
Le lecteur qui aura ieu la patience de me suivre jusqu'ici,
doit naturellement se poser plusieurs questions sur Tëtat actuel
du Canal impérial. Je v-slis essayer de le satisfaire sur quelques
points.
1** Le Canal actuel est-il fréqenté? — Même envisagé comme
Yun-liang^hô, ou Canal des transports, il ne laisse point de ren-
dre à notre époque, et malgré l'importance plur grande qu'a
reprise la voie de mer, de véritables services pour le transport
du tribut.
L'Annuaire impérial fixe encore à 1.432.273 piculs de riz le
tribut que le Kiang-nan doit payer à la cour de Pé^king. Quatre
à cinq mille barques, divisées en 65 flottilles le transportent par
le Canal impérial. D'après le même ouvrage, 24 flottilles trans-
portent aussi 670.832 tan de riz, tribut de trois départements du
Tchà'kiang; 13 flottilles 795. 063 ' faîi, tribut du Kiang-si; 12
flottilles, 96.934 tan, tribut du Hou-hoang; 35 flottilles, 221.342
tan, tribut du Ho^nan et 353.963 tan, tribut du Chan^tong (1).
,Cet exposé montre clairement que c'est encore le Canal im-
périal qui doit fournir à Pé-king la majeure partie de ses approvisi-
onnements. Chacune des barques aflectées à ce service et nom-
mées Liang^mUtch'oan ^Hl ^ ^) ®^* chargée de deux à quatre
cents tan seulement. Le Zao-pan ^ ;K, chef de la barque, reçoit
du gouvernement huit cents sapèques pour fret par picul, et il
lui est loisible de compléter son chargement avec ses propres
marchandises qui sont exemptes des droits de douane, et qu'il re-
vend au nord avec grand bénéfice. Le P. Gain qui me donne ces
renseignements, a vu maintes fois ces longues files de bateaux
partant vers le nord avec les chalands qui les suivent, portant
des bois de charpente, du papier, ou de l'huile Vong^yeou jj^ Jgf,
produits destinés aux constructions de la Capitale. Au retour, ces
barques jouissent des mêmes immunités et parfois elles se char-
(1) On a déjà vu et on verra plus loin encore, que ces chiffres de VAnnuaire^ coraTOP
plusieurs autres indications du m^me ouvrage, sont plutôt une donnée théorique que l'ex-
pression d'une pratique actuelle,
NAVIGATION BT TRANSPORTS. 53
gent à tel point, qu'elles ralentissent la marche dans le Canal à
moitié desséché, au grand mécontentement des mandarins charges
du convoi. Annuellement elles ne font au plus qu'un voyage :
chaque année, le 2* jour de la deuxième lune, une de ces flottilles
lève l'ancre à Fan-choei fH 7|c, dans le Kao-yeou, et n'arrive pas
à Pé T'ong-tcheou avant la huitième lune.
Descendent aussi le Grand canal, comme je l'ai dit plus haut,
depuis Lou-lcha près de Chno-pé jusqu'à I-tcheng, tous les gros
bateaux chargés de sel qui viennent de (Nan) T'ong^tcheou et de
T^ai'-tcheou ; et ils sont très nombreux.
Le Canal impérial est la route qui mène à la Capitale. Au-
trefois tous les mandarins la suivaient. Aujourd'hui ils se divisent;
les uns prennent le steamer à Chang-hai pour T'ien^tsin ; les
autres font encore leur voyage sur le Canal. Une jonque manda-
rinale. vrai palais flottant, les conduit de Yang^tcheou à Ts'ing^
kiang-p'ou (1).
Les mandarins supérieurs à partir du degré d'Intendants
(Tao^Vai ^ ^) jouissent du privilège 4'y faire remorquer leur
embarcation par une chaloupe à vapeur.
Arrivés à Ts'mg-kiang-p'ou, les voyageurs 'à destination de
la Capitale se partagent encore. Cetlx qui se sentent pressés pat
le temps ou le besoin d'économiser, louont un char k deux roues
qui les cahote jusqu'à Pé-hing ; c'est un ruban d'environ mille
huit cents H (2). Comme un chemin de fer leur serait là bien uti-
(1) T^siuff-kiatiffp'ou reste h ôpoqu*» i^efnjmriiijn le j^ltis ootisidérablc U* loiiff du
Grand canal :1.\ résident lo Taao-rai^^ M SU ■ » "" Tchrnraif^ vk^W avec de
nombreux camps établis dans la campapfue cnvironnaTitc,un Trio-^'iri, Intendant réponaidu
fH g^ jff^» Là fut établi un des premiers postas téléprrapbiqnes; c'est lA qu'aboutissent
toutes les barques desceudues de la ffoai, A l'Ou.'st, celles venus du Nord parle Chan-tong,
ainni que* du Sud pivrla voi.» du Kinvg. Au lîourg de Sipa \S JH) » situé à C ou 7 H Nord
de T'ning-Jnnng^ se trouvent les imnienaes entrepôts de sel apportés de la plape de Hifit-
irhroH par le Ynn-yen-ho du Nord : chaque année, en Juillet et en Août, ce canal est mis
en commuication avec 1»* Canal impérial, pour lo déchai-per de s<»n trop plein : iL cette épo-
que les barques ont libre accès à travers le barrage ,qui durant le reste de Tannée cmpAche
la communication entr.» les deux canaux.
Do T''swg»kiang, en toute caison, et surtout on hiver, |3.iHent dant; la din*ction du
Nord etduNoid-oueKt, v<»'*3 \q Gh an-ton g et le Ilo-nan^ de nombreux convois de chars et
do brouettes: il n'est pas rare de renconti*er su:- et s routes une suite de cinquante chars,
louéa par un mandarin, pour «ec ^zuk et ses bagages.
L'importance exceptionnelle de cette station, est tellement notoire que depuis plu-
sieurs années, on parle, :\ toi-t ou à rAhoiijtVmxaettlement sollicité parles Allemands et les
Américains.
(2) L'n de ces chars attelé de deux mules peut conduire un voyapeur de Taing-kiang
à Pf-king avec bagaffc-s ordinaiiV.^, en quinze ou Aingt jours 'selon le temps et la baison),à
raison d'une vingtaine de taels, nourriture du voyageur comprise, 2 repas par jour avec un
luxe de six plats (san-noii 9nn-horn ^ ^ ^ J$J'
54 LE tîKÀNÏ) CÀfîAL.
le ! Mais Confucius n'a point enseigné à en faire. Et aujourd'hui
les habitants du Chan^si meurent de faim, parce qu*il n'y a point
de route pour leur expédier des vivres promptement et économi-
quement. Le journal du jour publie qu'un chansinois vient de
mourir, après s'être nourri de la chair de sept hommes décédés.
Les heureux du siècle, qui ont à leur disposition le temps et
l'argent, continuent leur voyage à Pé-king par le Yun-ho sur leur
palais flottant. Ils se procurent la jouissance de sensations diver-
ses dans les péripéties de leur long voyage ; ils auront de nom-
breuses écluses à passer.
Il y en a quatre dans le Kiang-sou. La première est tout
proche de la porte orientale de Ts'ing-ho-hien jj^ {pf S|- Elle
iS'appelle TsHng-kiang^tcheng-tcha fljf Jï JE WB- Elle remonte au
règne de Yong^lo ^ |J| de le dynastie des Ming. Plusieurs fois
réparée, elle changea souvent de nom; K'ienAong lui a donné
celui qu'elle porte aujourd'hui. Tao~koang a fixé la largeur de
son ouverture à vingt-deux pieds.
La deuxième est connue du peuple sous le nom de Lao-eui-
tcha ^ ZI W- Les livres l'appellent l'écluse de l'heureux passage,
Fou^hing^tcha j@ ^ ^. Elle fut construite la 2" année de K'ien^
long avec une ouverture de même dimension que la précédente.
La troisième T'ong-tsi-tcha K j^ R| a été construite la même
année et ressemble aux deux autres.
La quatrième est de beaucoup la plus importante. C'est T'ien-
fei^tcha 5^ ^ H l'écluse de l'Épouse du ciel. Les géographes
l'appellent aussi Hoei^tsi-tcha |î IH R|- Plusieurs fois elle a
changé de place et a été souvent réparée et même reconstruite à
neuf. Elle se trouve à une vingtaine de H de Ts'ing-kiang, sur
/la rive droite de l'ancien lit du fleuve Jaune. Sa principale des-
tination était de régler le cours des eaux de la Hoai au passage
du fleuve ; c'est le point de jonction de ces deux grandes artères
fluviales. La Hoai donnait au fleuve Jaune le;s trois dixièmes de
ses eaux, le reste alimentait le Canal du transport : aujourd'hui
elle s'y déverse entièrement ; mais comme son niveau est plus
élevé que celui du Canal, il faut le service des quatre écluses
pour l'abaisser peu-à-peu. Dans le Chan-toug il y a encore deux
fameuses écluses. C'est Fen-tchoei-tcha à Tsi-ning^tcheou iff ^ jil\
et Lin-teingf-fca Q| if| ^ dans le Tong^tch^ang-fou HH ^ f^- Ce
n'est pas une petite affaire pour les jonques que franchir ces
écluses. En voici une en présence de T'ien-feUtcha: quatre-vingts
à cent individus se présentent pour remonter l'embarcation ; les
uns portent des gaffes: les autres des câbles pour les cabestans;
tous crient beaucoup. Il faut s'entendre avec le chef et convenir
des milliers de sapèques qu'il faudra payer. Tout est prêt : de l'un
et l'autre côté les cabestans sont armés ; les uns tirent, les autres
poussent, les fervents dévots parmi les passagers sont dans la
pagode T'ieri'fei'-miao ^ j& M^ priant le T'ié-niou ^ ^ bœuf de
NAVIGATION BT TfiANSPORTS. 55
fer, de les assister. Malgré tant d'efTorts 4e bateau monte lente-
ment ; souvent la violenco du courant le fait reculer. Enfin un cri
suprême se fait entendre, le tam-tam redouble et précipite ses sons
aigus, la barque est à moitié passée. Encore un coup et la voilà
dans le bief supérieur. Ce coup est donné et tous ces gens en
guenilles de jeter leurs instruments et de courir à la distribution
des sapèques. La descente est plus facile et plus rapide, il faut
moins d'hommes pour retenir le bateau. Néanmoins il arrive
assez souvent que le pilote maladroit heurte et brise son navire
contre la paroi de Técluse. Tout n'est pas plaisir à voyager.
Sur le Canal impérial il y a des barques à louer pour tous
les goûts et pour toutes les bourses, grandes et petites, riches et
pauvres. Vous aimez la solitude, prenez une barque pour vous
seul; elle ne vous coûtera ]*as un millier de sapèques pour toute
la journée. La batelière vous offrira son riz et ses herbes moyen-
mant trente-trois sapèques par repas, et vous cuira aussi vos pro-
pres provisions. Si vous voulez y passer la nuit, étendez votre lit
et vous dormirez biea tranquille. Vous préférez voyager en com-
pagnie, montez sur cette barque diligence; tout le monde y peut
prendre place à raison d'une sapèque par H. Vous avez des mar-
chandises à transporter, cherchez Tembarcation qui vous couvient,
assurément vous la trouverez.
Des barques sur le Canal impérial ! On en compterait par
centaines de mille. Rien qu'à Yang-tcheou^ à Tépoque du nouvel
an, on en voit une file de douze à quinze H, toutes ancrées au
rivage. Il en est de même, proportion gardée, le long des autres
villes et des très nombreux bourgs situés sur les bords du Liang-
ho. Si, aux embarcations de transport, on ajoute celles des pé-
cheurs et autres petites gens qui vivent sur le Canal : on arri-
vera à un chiffre dont rien ne donne l'idée dans les contrées
d'Europe.
2. La navigation sur le Canal est-elle facile (1)? — La sèche'
(1) Avant réuumération d«s ciiiisi'.s <iui peuvent retarder ou mémo emprcber mo-
in t*ntanénietit la navigation du Canal, je citerai uu exemple récent, qui complétera et recti-
fit-ra les informations précêd'titos et servira dt* ty^ie pour ce voyage au long cours.
Les chillns et les détails que je vais donner sont tirés de la Gazette de Pé-king, et
nous donnent le mouvement du riz du tribut sur le Canal impérial pendant Tannée 1892
Laditf année, le Kiaut/son Sud a envoyé 105.700 piculs, par 370 barques, divisées
»«n 8 détachements, et le Kiang-suic Nord 115.800 pic. par 451 barques, formant 10 sections.
En tout 827 barques portant 221.500 pieuls. — J'ipfnore quel fut cette m^me année le mon-
tant de; t«nv()is du Chan-touff, mais pour Tannée précédente, 1891, je trouve mention d'un
départ de 1G0.332 pieuls. déduction fait»' des remises accordées par Tempereur, pour
n'eoltos insuffisantes.
C'i'St donc un effectif de plus de niillv barques voyageant de couservc, et rappelant
encore, quoique d'as.mz loin, les bi aux jours du Canal.
Cf.> chiffres indiquent une reprise dans IV'tivité du Canal, qu'on avait uégligé d'uti-
56 LE GRAND GA.NAL.
resse et la glace Ta rendent quelquefois impossible. Le 30 juin
1876 j'ai vu à Ma-t'eou ^ ^ \e Canal à sec dans la branche
Tchong-yun-ho 4* tS M* ^* partie méridionale n'avait qu*un
filet d'eau d'un à deux pieds; encore les campagnards le dispu-
taient aux voyageurs. Ils travaillaient à lui faire passer la digue
pour arroser leurs rizières desséchées. Leurs norias placées en
étagères, fonctionnaient le jour et la nuit sous les pieds de vingt
à trente individus en caleçons courts. Quelques femmes étaient
mêlées à eux. Pour leur rendre le jarret plus alerte^ un homme
de la bande frappait en mesure du tam-tam et chantait un refrain
User pendant plusieurs années pour le transport du riz. Dans la Gazette du 26 Mai 1891,
nous lisons un mémoire du Vice-roi de Nan-kimg, annonçant le départ par le- Canal de
136.3S0 pic. Grandes difficultés pour trouver des barques, i\ cause : 1® du peu de profondeur
des eaux dans le Canal ; 2** do la difficulté de traverser le fleuve Jaune ; 8** de l'abandon
partiel des transports pendant plusieurs années. — C'est assez dire qu'à notre époque, les
conditions du transport du tribut varient d'une année à l'autre. En 1874, suivant M. H.
Playfairf?. sup. cit.)^ de 1.302.356 piculs de grains arrivés à Pé-king et To7igtcheou^ il n'était
venu par le Grand canal que le chargement de C70 bateaux. On peut voir du moins que,
dès cette époque, la section du Canal située au Nord du fleuve Jaune, et trouvée en 1868
par M. Elias hors d'état de service, avait été réparée et rendue à la circulation.
En 1892, toujours d'après le king-pao M %) le Kiang-sou complétait par la voie
maritime, le transport des son tribut en riz : 129 jonques, réparties en 3 escadrkles, par-
taient de Ou-Bong pour T'im-taiu, les 3, 8 et 23 Mars, chargées de 326.591 piculs, et la
compagnie Tchao-cliang portait en outre 381.000 piouls. — Quant ii la province du Tché-
hia/ngy elle expédiait partie sur des voiliers, partie sur des vapeurs, les 499.000 pic. dont elle
était redevable à la capitale. — D'autres provinces, comme le Kiong-si (1853), ont vu depuis
longtemps leur tribut en nature converti en une taxe d'argent.
Voici maintenant l'état des travaux extraordinaires entrepris la mCme année le long
du Canal pour faciliter le passage de cette flotte : 1° Vers Tsi-niug tcheou W -9^ Jn'
le Canal a été curé sur une longueur de 140.520 pieds. Coût 35.844 Taëls, payés par la
Trésorerie du Chantong. 2* Vers Lin-ts*ing tcheou |qS jff /M» section de plusde'JOO/*
h. draguer ; travaux considérables à cause de la quantité de dépôts faits parle fleuve Jaune
qu'on y laisse entrer : digue il refaire A, Tac-tch^mg-pou ; à Lin-ts^itig tcheou, bief de 6.200
pieds de longueur il développer. Coftt 49.814 Taëls.
Suivons enfin l'itinéraire du convoi. Vers le commencement d'Avril, toutes les barques
du Kiaug-aou (827) sont arrivées à Ts'ingkiang, des différent.*; points de départ; le S,
toutes avaient franchi les quatre écluseç proclies de cette ville. — Du 28 Mai au 5 Juin,
le convoi arrivait sur le territoire du Chan-tong. Eaux basses, voyage difficile. — Du 11 au
17 Juin, il passait devant Tui-ning tchaou. — Le 3 Juillet, il atteignit Che-U-poUy où l'on
traverse farcilement le fleuve Jaune, dont le niveau d'eau était plus élevé que celui du
Canal. — Le 18 Juillet, toutes les barques sont sur l'autre rive t\ Tao-ich^cng-pon. — Le 9
Août, on double Té-tnheou ^ t\ • Beaucoup d'eau dans la rivière IVei ; aussi y entre-t-on
facilement.
Un mot sur le retour des mômes bateaux : le 30 àSept., ils atteignaient Lin-tsHng ;
eaux de la TV ci* plus basses que olles du Canal ; passage pénible achevé le 17 Oct. — Lei
Nov. le fleuve Jaune est passé, et le convoi gagne le Sud.
NAVIGATION ET TRANSPORTS. 57
connu, auquel tous répondaient en cadence. C'était bon pour distrai-
re le voyageur, mais le Canal se vidait, et les barques ne pou-
vaient plus avancer. A Fan-c/ioei il y en avait une longue file,
envasées. Un missionnaire envoya sa carte au directeur de Téclu-
se, le priant de la fermer; un filet d'eau permettrait à ces nom-
breux voyageurs de continuer leur route. L'écluse fut fermée,
mais pas longtemps ; les ménagères du Hia^ho vinrent crier
qu'elles n'avaient point d*eau pour faire cuire leur riz. Les nacelles
purent se frayer un passage, mais les barques un peu grandes
n'avancèrent pas loin. Celle des missionnaires dut être traînée
par trente-neuf hommes vigoureux Tespace de trois lu Une dra-
gue creusait le Canal.
Cette année 1893. en janvier et février, le Canal fut pris par
la glace durant quinze à vingt jours ; les piétons le traversaient
en toute sûreté. Les brouettiers et les âniers garnèrent de quoi
payer leurs dettes, mais les pauvres bateliers se serraient les
flancs et brûlaient de Tencens pour faire soufTler le vent du midi.
Ces cas de sécheresse ou de froidure extrême sont rares : ' ici
généralement la glace de la nuit se fond au soleil de midi et la
navigation sur le Canal est rarement interrompue. En janvier, les
eaux sont basses, mais partout elles ont au moins deux ou trois
pieds de profondeur. Leur niveau s'élève au mois de juin, lorsque
la fonte des neiges des montagnes a grossi les rivières et les
lacs. Il s'élève quelquefois, comme nous l'avons vu, jusqu'à
quinze et vingt pieds, et même davantage.
Lorsque le vent enfle la voile, la route, qui n'offre presque
aucun détour, se fait comme par enchantement; les bateliers dans
la jubilation se reposent et dorment d'un œil ; mais souvent il faut
naviguer contre le vent et le courant. A moins de pluie et de
grands vents, le bateau doit marcher. Sur la digue, soit à droite,
soit à gauche, il y a paatout, à l'exception de cinq H dans le lac
de Chao-pé qu'il, faut traverser à la rame, une route de halage.
Les gens de la barque, hommes et femmes, jeunes et vieux^ tous,
à quelques exceptions près, tirent tour à tour la galère depuis
quatre ou cinq heures du matin jusqu'à neuf heures du soir. On
a parcouru du 80 à 90 H.
Ce qui ennuie surtout les mariniers tirant à la cordelle, c'est
de dépasser les bateaux à l'ancre et munis de leurs .hauts mâts.
Quand ils sont très nombreux, comme auprès des villes et des
gros bourgs, les matelots remontent tous à bord et manœuvrent
avec les gaffes ou les rarmes. Il est rare que le voyageur ne puis-
se continuer sa route. Cependant si son navire est chargé de
marchandises, il doit s'attendre à être arrêté aux douanes.
Les douanes en Chine sont très nombreuses; à chaque dix
ou quinze li il y en a une ou plusieurs sur le Canal. Les unes
sont impériales, les autres sont mandarinales. Le produit des
premières est destiné au trésor de l'empereur. L'Annuaire de
58 LB Q&AND CANAL.
l'empire répartit les revenus de ces douanes de la manière sui-
vante: aux portes de Pé-king les droits d'entrée et de sortie
s'élèvent à 103.480 taëls, qui sont perçus par un Commissaire
impérial KHn^tch'ai H ^.
La douane de Lin-ts'ing'tcheou dans le Chan^-tong rapporte
29.600 taëls. C'est le Fou-itai de la province qui l'administre par
un mandarin qu'il qu'il délègue.
Le produit de celles du Kiang-sou monte à 457.994 onces
d'argent. Les deux du Hoai^ngan-fou, situées l'une à Pan-tefea-
hoai-koan 4K M ffl Mi l'autre à Sou-ts'ien |§ ^, sont confiées à
un Commissaire impérial qui verse annuellement à la cour 201.960
taëls.
Dans le Yang-tcheou-fou, la douane de Tch'aO'hoan^men ^ gg
P^ paie au gouvernement 55.722 taëls et les deux de I-tcheng et
Koa-tcheou, seulement 7.656. C'est l'Intendant Tch'ang^tchen-tao
i^ ^ ^ qui les administre. À Sou'-tcheou le mandarin adminis-
trateur des soies impériales, Tche-tsao ifjî jg, cumule la direction
de la grande douane. Chaque année il doit verser à l'empereur
192.660 taëls.
Le mandarin du même titre, Hang-tcheou Tohe^tew iffî jf\ IJHt
jg, administre aussi la douane de cette cité qui produit un revenu
de 122.660 taëls.
Telles sont les principales douanes impériales qui se trouvent
le long du Canal. Ces douanes mandarinales ne relèvent que des
mandarins locaux. 'Souvent établies pour un motif temporaire,
elles ne devraient subsister que temporairement, mais on les fait
durer en vertu de l'habitude ; les nouveaux mandarins veulent
parfois ajouter de nouvelles charges, jusqu'^ ce que le peuple en
révolte chasse les douaniers et brûle la chaumière qui les abri-
tait. L'œil exercé du gabelou distingue facilement les bateaux qui
doivent stopper et payer les droits.
Tous les mandarins grands et petits passent en toute liberté.
Souvent même le chef de la douane doit venir en habits de céré-
monie présenter ses hommages à son supérieur en voyage.
Combien de personnages, pi-us ou moins renommés, envoient
leur carte au Lao-yé ^ ^ du poste et passent sans être arrêtés !
Autrefois toutes les barques qui conduisaient les candidats uni-
versitaires aux examens étaient affranchies, mais les douaniers
s'aperçurent que beaucoup de faux lettrés n'allaient à Nan-king, à
l'époque des examens, que pour faire un commerce plus lucratif;
le privilège fut retiré il y a quelques années. Néanmoins, qui
oserait aujourd'hui empêcher un vrai lettré de se charger comme
auparavant des marchandises qu'il vendra, pour payer son écot?
Il est une autre classe de voyageurs que les douaniers laissent
aussi passer tranquilles, ce sont ceux qui montent des bateaux-
diligences à raison d'une sapèque par li. Leur valise ne vaut pas
rinspeotion. Mais voici une barque lourdement chargée; elle porte
NAVIGATION BT TRANSPORTS. 59
du riz, du bois, de la paille, du sel ou n'importe quelle mar-
chandise : tout est soumis aux taxes douanières. Elle doit stopper
au rivage et se laisser visiter. Ici, arrêtez-vous un moment et
faites une étude de mœurs : voyez comme chacun s'industrie.
Le commerçant cache une partie de sa marchandise; le gabelou
retient une partie des droits perçus; le chef de la douane ne fait
entrer dans ses comptes qu*une partie des recettes, et le mandarin
receveur général ne verse au trésor que ce qu'il ne peut con-
server. Pour ne rien perdre de leurs droits pendant la nuit, les
douaniers vers huit ou neuf heures du soir jettent un barrage en
bois en travers du Canal; on ne Tenlèvera que le lendemain vers
le lever du soleil. Si quelque personnage important demande h
passer, on Tentr'ouvrira seulement pour sa jonque; tous les au-
tres voyageurs devront attendre et parfois assez tard que les
douaniers aient fait leur toilette et commencent leurs fonctions.
Comme ils sont soumis, ces bons Chinois!
3. Y a-t-il des ponts sur le Canal? — Un pont exige toujours
des dépenses considérables pour sa construction et son entretien
et retarde la circulation des barques. Pour ce double motif on a
évité de les multiplier sur le Yun-liang ho, et même on n'en ren-
contre aucun du fleuve Bleu à la limite du Kiang-sou,
A toute minute on trouve des bacs pour traverser le Canal ;
beaucoup d'entre eux sont entretenus par des sociétés de bienfaisan-
ce ; alors tout voyageur peut passer gratis avec sa mQnturc et ses
marchandises. Ailleurs il devra donner une ou deux sapèques pour
prix de son passage. A quatre H au nord de Yang-tcheou, il y a
pour bac un pont de bateaux : c'est surtout pour le service des
cinq cents militaires qui habitent la caserne de Ou-i'ai-c^an 3£
2 tll- Quatre hommes de service Touvrent et le ferment toute la
journée selon le besoin des barques ou des piétons. Sur les écluses
qui commencent à Ts'ing-kiang, se trouve un pont mobile de
quinze à vingt pieds. Ou le tire lors du passage des bateaux à
haute mâture. Dans le Yun-yen ho et autres canaux fréquentés
par de grosses jonques, on a aussi construit des ponts dont le
milieu est mobile : il se compose de deux poutres sur lesquelles
glisse un plancher. Lorsqu'une barque veut passer sans abaisser
son mât, elle s'annonce au son du tam-tam; quelques personnes
arrivent, tirent le plancher, puis les poutres, et le passage se fait
sans difiiculté moyennant quatorze sapèques; si vous les refusez,
quand vous repasserez, le pont restera en place. Dans le l'ang-
tcheou fou le nombre des ponts est très considérable, mais il n'y
a guère de remarquable que le Wan^fou^k'iao % H ^ «Pont des
dix mille félicités». Entre Yang-tcheou et Sien-niu-miao tlll ]^ JK
preiîiier bourg du département, coulaient depuis nombre d'anées
de petits ruisseaux formés des eaux qui s'échappaient par les
écluses Fong-hoang IL )E et Pi-hou ^ ^. Chaque année ils
grossissaient; sous le règne de K'ien^long Tun d'eux avait déjà
60 LE GRA.ND GA.NAL.
quatre cents pieds de largeur. Les inondations de Tao^koang lui
en donnèrent jusqu'à mille quatre cents; souvent les barques qui
faisaient le bac étaient emportées par la violence du courant e1
disparaissaient dans le gouffre. La population effrayée demanda
un pont. I es mandarins locaux, autorisés par la cour, imposèrent
les contribuables et les barques.de sel. On commença la constru-
ction du pont la 23" année de Tao-koang (1843) et on la termi-
na seulement en 1852, la deuxième année de Hien-fong. Peu de
tçmps après, les Rebelles s'emparaient de Yang-tcheou; pour leur
fermer la route de T'ai-tcheou, on rompit le pont «des dix mille
félicités». On le reconstruisit la 6* année de T'ong-tche (1867). Sa
longueur ^eule le rend remarquable; il mesure cent cinquante
deux toises divisées en soixante-dix arches. A peu de distance,
coulent dans la même direction deux autres fortes rivières sur
lesquelles sont jetés les ponts appelés Che^yang k'iao ^ ^ ^ et
K'ong-kia^keou k'iao 7t ^ Jll W- ^®^ trois courants et d'autres
encore réunissent leurs eaux en aval de Tchen-kiang ^ ^ et
forment le Siao-kiang h]\ Ùl «Petit Kiang (1).»
4. Les voyageurs sont-ils en sûreté sur le Canal impérial?
Il est bien rare d'entendre dire qu'une barque ait été dévalisée
dans le Canal. Le jour personne n'oserait attaquer : les gens s'y
pressent comme dans un quartier populeux d'une grande ville;
les brigands qui tenteraient un mauvais coup ne pourraient
s'esquiver. Pour la nuit laissez faire votre tch'oan-lao-'pan ^
^ j^, chef de barque : il connaît les bons mouillages. A peine
aura-t-ii jeté ses ancres, que le ta^keng fl* H, veilleur de nuit,
viendra lui demander ses sept sapèques de salaire et s'engagera
à annoncer les cinq veilles au son de 'ses deux bambous retentis-
sants. De plus, le long du CanaK sont échelonnées des barques
militaires qui elles aussi tambourinent toute la nuit pour annoncer
qu'elles sont toujours prêtes à voler au secours de quiconque en
aurait besoin, Tout voyageur peut donc reposer doucement sur
son oreiller.
5. Y a-t-il au nord du fleuve Bleu des arroyos, canaux ou
rivières secondaires, débouchant dans la mer et permettant aux
bateaux de communiquer avec l'intérieur des terres? •
Il y en a plusieurs, mais je ne pense pas qu'aucun puisse
communiquer avec le grand Canal : ils en sont trop éloignés.
Ils sont peu larges et peu profonds, fréquentés seulement par les
barques du pays qui font le transport des marchandises venues
par les bateaux de mer. Dans le Kiang^sou il y a cinq de ces
arroyos.
Le premier se jette à. la mer à la distance de trois cents H de
Yeri'-tch'engj chef-lieu de sous-préfecture dans le Hoai-ngan^fou.
(I) Il n'est pas rare de voir des bandes de marsouins y prendre leurs ébats.
NAVIGATIOl^ ET TRANSP0AT8. 61
Les grands navires ne pouvant entrer dans le chenal, s'ancrent
au rivage et transbordent leurs marchandises; les barques ordi-
naires continuent leur route et arrivent à la porte orientale de la
susdite cité ; là. il se fait un très grand commerce. Trois ou
quatre jours plus tard on sert sur les tables de Yang^tcheou les
châtaignes, les poires et autres fruits arrivés du Chan^tong . .
Les .quatre autres arroyos du Kiang-^sou se trouvent dans Tar-
rondissement de HaUicheou ^ j^. L'un a son embouchure à
Yen^choei-h^eou 9| ^ D» À la distance de plus de trois cents li
de cette ville. On ne voit guère là que des barques de pêche.
Le deuxième a son embouchure à Lm-hong-ft'eoic B^ ^ Di
distant de cent quatre-vingts h* de HaUtcheou. Là aussi les bateaux
de mer ne peuvent entrer; c'est un simple entrepôt de sel.
Sin-'p'ou-k'eou ^ f^ Di embouchure du troisième, est à cent
soixante li de Hai-tcheou : on peut s'y embarquer pour Chang-hai.
Les navires abondent au rivage ; le commerce y est très actif au
printemps et surtout à Tautomme, époque de la vente des céréales.
Plus au norci, à T'sing-k'eou ^- P, distant de douze li de
Kan-yu jj|^ ;|D[, cheMieu de sou s- préfecture, se trouve Tembouchure
du quatrième arroyo du Hai-icheou, On y fait comme a Siri"
p'ou'h'eou, un grand commerce de poissons, de porcs salés et de
céréales. On y trouve aussi des bateaux pour Chang-hai.
6. Y a-t-il quelques curiosités le long du Canal?
Les Chinois admirent, après Tavoir beaucoup redoutée, la
ligne du télégraphe qui longe presque partout le Canal, impérial.
Les fils et les poteaux furent posés par un agentd'une compagnie
danoise en 1881. L'année suivante, le télégraphe mettait en
communication Chang-hai, Sou-tcheou, Tchen-kiang, Yang-tcheou,
T'fiing'kiang', Tsi-ning, T'ien-tsing et T'ai^kou. Chaque jour on
apprend à apprécier davantage ses services; aussi les stations
télégraphiques se multiplient et se rapprochent de plus en plus.
Les petits remorqueurs qui sifllent dans le mofiillage de
Yang-tcheou, attirent aussi beaucoup l'attention des Chinois (1).
Plusieurs grands commerçants ont déjà tenté d'établir un petit
service de navigation à vapeur de Tchen-kiang à Yang-tcheou^
mais la politique du gouvernement persiste à s'y opposer comme
à la construction des chemins de fer. Le colosse chinois avance
lentement dans la voie du progrès et de la civilisation. Remontez
le grand Canal de Hang-tcheou k Pé-king, visitez les cités, examinez
bien et vous trouverez la Chine intérieure telle qu-elle a été dé-
peinte, il y a deux cents ans. Je me trompe, elle a beaucoup
dégénéré.
Les ruines faites par les Rebelles à longs cheveux Tc^hang-
mao ^ ^1 se relèvent difficilement. A part les pagodes dont
(1) J'en ai vu remonter au delà du THen-fei-tchay la plus difficile à franchir de tontes
les écluses.
62 LK ai^fNDi CANAL.
quelques-unes ont repris un air coquet, et quelques upuveaux
hôtels, bâtis par des mandarins supérieurs en retraite, vous ne
trouverez aucun monument qui mérite votre attention. Voyez bien
cette tour située au midi de Yang^tcheou. C'est un emblème : à
son origine elle faisait la gloire de la cité ; elle excitait la verve
des poètes de la localité et la curiosité de tous les passants. Au-
jourd'hui, objet de honte et de tristesse, ce n'est plus qu'un sque-
lette. Les T^chang^max) ont brisé tous ses ornements, et depuis
trente ans on n'a pas dépensé une sapèque pour la réparer. L'opium
est un poison lent qui produit soa effet : il ne tue pas subite-
ment les individus, mais il éteipt souvent les familles. Un jour,
la vieille Chine pourra bien en mourir, mais elle ressuscitera et se
développera ensuite admirablement au soleil du divin Rédempteur
des hommes et des nations. Déjà le Seigneur du Ciel est adoré
dans de nombreux temples le }ong du Canal impérial.
63
CHAPITRE VIII
•oî«o*-
ITINÉRAIRES
Route des chars de r«'ing-ftiang-p*ou à Pé^king. — Trajet
de Hang'tcheou à Pé^king par le Oanal impérial.
I
\
«4
;
CHAPITRE VTII.
-H-H-
ITINERAIRES.
L'itinéraire suivant m'a été fourni par le Père L. Gain. C'est
la route des chars entre T^sing^kiang^p'ou et la Capitale ; elle
comporte régulièment dix-neuf journées de voyage, et ce trajet
y revient à dix-neuf taëls, nourriture comprise. Chaque nom de lo-
calité marque une demi-étape. Quand le temps est beau, un char
peut faire une étape et demie par jour.
Nous avons laissé en blanc les noms chinois dont nous n'a-
vons pas pu identifier les caractères avec assez de certitude, soit
sur les Routiers, soit sur les cartes indigènes.
Cet itinéraire s'écarte peu de celui que M. H. Cordier à
publié (Odoric de Pordenone, p. 380) d'après M. Milne.
81 Ù: îlt T'sing'kiang-p'ou.
40 il à Jj flt m YU'heou-'tsi,
40 — ÎÉ ^ III Tchong^hing-tsi.
60 — -ffjJflj^lP Sf^îR- Niang-hoa-tsi (sl\. Sin-rigan-tsi),
Choen-'hO'tsi.
Se-ou.
Hong-hoa-pou,
Che-li^p'ou,
LUkia-tchoang ,
l'tcheoU'fou.
Pan-rc/ieng.
T'sing'-toU'Se.
Touo-tchoang ,
Kong^kia^tchen.
NgaO'-yang .
Tse^tchoang (1).
Yang-lieou^tien,
T^soei^kia^tchong,
T'ai'-ngan-tcheou.
Tien-t'ai.
Tchang^hia,
60
-mn$k
60
-mti
60.
-$L1Ei^
60
- + Mâi
45
-#«>ï
45
-Pr m)tf
50 ■
-en
45-
-wm^
45
-i^&
55
55-
-^m
50 ■
35 ■
Wi ™ fs
60 ■
-^^&
45-
•
-*^w
50-
-n*
55 •
-WK
(1) Je soupçonne nne erreur dans le manuscrit : les documents chinois portent Ç
ffi vŒ Ti-kia-tchoang.
ITINÉRAIRES. C5
60 il à ;|l: 515 ^ Tou-kia-miao.
50 — § ilÉ Yen-tch'eng.
50 — S *S Yu-tch'eng.
50 — H + M ^ Eul-che^li-p'ou.
70 — ^ j^ iS Hoang-ho^yai.
60 — ^ @ ^ Jlfi Nan-Heou^tche-miao.
70 _ g fpf Afan-ho.
60 — S >È P Fou-tchoang-i.
60 — gî 3U ;rt: Chang^kia-lin.
50 — Zl + M §S Eul-che-li-p'ou.
50 — ft fl5 JH Jen-k^ieou-hien.
^0 — Mm Hiong-hien.
55 — /Con^-Aïa-ma-t'eoie.
55 — Kiu-'keou.
50 — Fu-/a.
50 — . Hoang^isuen.
40 - 4fc * Pë-Ain^.
1965 h*.
La longueur totale de la route par terre de Ts'ing^kiang h
Pé^king est donc de 1.965 li, soit un peu moins de 1.200 kilomè-
tres.
Un second tableau présentera les principales stations du
Grand canal, depuis Hang-tcheou jusqu'à Pé-king. Quel qu'ait pu
être notre soin pour rédiger correctement cet itinéraire, il est
probable qu'il nous est échappé de nombreuses inexactitudes,
qu'on voudra bien nous pardonner. Nous nous somme aidé pour
le dresser, de deux éditions différentes de Touvrage 5Ç T R S»
et de deux autres du Routier ^ !£ J9 ff • ^* P'"s récente parait
être de 1787. Comme ces sortes de livres sont d'ordinaire criblés
de fautes d'impression, nous les avons contrôlés l'un par l'autre,
et les cartes de Ou-tch'ang-fou, celle du Kiang-sou par Li Fong"
pao, nous ont aussi permis de fixer un certain nombre de points
douteux; nous avons en outre signalé en note, d'après les mêmes
cartes, les principales variantes sur lesquelles nos doutes n'ont pu
être éclaircis. Notons enfin que les distances marquées sont très
approximatives et varient parfois d'un livre à l'autre. Tout ce
que nous pouvons affirmer, c'est que le tableau que nous éditons
est plus exact que chacun de ceux qui ont été imprimés jusqu'ici,
pris isolément; espérons que cet essai sera bientôt corrigé et
même remplacé par un travail plus scientifique, appuyé sur des
données plus récentes et moins incertaines.
5
66 LB GRAND CANAL.
I. De Hang-tcheou à Tchen-kiang (780 H),
fô W >fîï ï ii H {^) Hang^tcheou-fou h T'ang-^si (90 /{). '
10hà|^ i^ P^ OU'lin-men,
38 — 4h Sf BB Pé-sin-koan.
10 _ ^ :^ Siè-ts'uen,
3 — :k ^ M Ta-fen-Veou.
' 12 — ^ S Hong-li.
25 — H H (1) T'ang-si.
H "S S S P9 m T'ang-si à Che-men-tchen ("90 hj.
10 — 4; p ^ Ts'Using-k'iao.
10 — # S # Lo-ftod-fe'iao.
10 — 5 î ^ Ow-wanfjf-ft'iào.
10 — * gl ^ Pé-iou-À'iao.
10 — W.M ^ Tai-maO'k'iao.
10 — Mî é ^ Song-Zao-fe'iao.
10 — 5" p^ J^ ^ ;^ Ig Che-men-hien Tsao-lin-i.
10 — li ^ ^ Kao-yang-kHao,
10 — ;g' p^ il Che-men'tchen.
>5 P9 iS S ^ ^ ^ Che-men^tchen à P'ing-'wang'i (\3b U).
20 — â # Tsao-im.
15 — HiM Wi ChoeUsïri'P'ou.
10 — É M É Tchao-ts'iang-p'ou.
10 — ^ P^ Teou-men,
10 — ^ # Ift Fen-hiang-p'oii,
10 — ^^/jïïïjjcp KiA-HiNG-POU Si-choeUi.
5 — "^ R ^ Chan^ts^ing-tcha,
10 — # ^ ^ Km-fe'iao-p'ou.
15 — ï iL S i^ Wang-kiang-king-tchen, (Province du
KlANG-SOU.)
10 — ïg ^ ^ Li'king-p'oxi.
10 — É A ^ Tsi'k^ing-k'iao.
10 — ^ H iit P'ing-wang-tchen.
^ilMU.jHliJÏiftiK^ P'ing-wang à Sou-tcheou-fou
Kou-sou-iY^O h).
10 — ^ iÈS Cheng-to'en,
10 — A Jp iH Pa-tch'e-tchen.
10 — Ê É M Pé'loyig-kHao,
10 — :^ CCÉfô^^ Ou-KiANG-HiEN Song-ling-i,
10 — ^ tif '^ Kxa-p'ou^k'iao,
(i) Var. SI ;^ liï
67
ITINERAIRES.
lOlià|P-ll|« yn-chan.ft'iao.
5 — i^^ 9^m T^Sii-hO'pao-taUhHao.
5 ijg ^ >M| Afi-foii-ft'iao.
jO tt M m SOII-TCHBOU-FOU Xou-SOU-t.
i|«jlïSîi«liaill^ SOU-TÇHEOU-FOU
à Ou-si-HiEN Si-c/ian-t fe5 tty.
10 — «« Fong-fc'iao.
10 - :& a M Che-tou-p^ou^
iO — mUlk Hou'hoan-tchen .
12 - ^ îi i«. Kin-ht^tn.
13 * g ? St Nan-wany-t'ing-tcnen.
10 iBr ^ ^ Sin-ngan-lchen.
20 M ^;l£AliliR rc/icou-ftta-tchoang Si-chan-t.
T^HANG-TCHEOU-FOU Oo-TSIN-HIEN P't-IlTlfJ-t flOO II )•
10 — ^ J$L H //oanfj-pou-toen.
10 i|£ ^ KiiO-k'iao.
5 — ^ M 1ÎS P'an-fong-p'ou.
10 ^ ijtt ^ Lo-c/ié-tc/ien.
15 — :Bip 11 ^ <iê Lieou-yen-ngan-fc'tao.
15 _ «f ^ ^ ^- //onfl-iin-p'ou-tc/ien.
10 — M g $ él Tsi-chou-yen-tchen.
10 — 7" Il ^ ' Ting-fienAchen.
iO — ^mm Pé-kiB'h'iao.
5 - Plfe g! I» P'i-ling-i.
tmM^^fi^ummm tchanotcheou-fou «
Tan-yang-hibn Yun-yanij-t (WU It).
10-ifBB Stn-teha.
5 ^ )i flf Lien^ktanç'k'tao.
20 1^ 4i ^ Pen^nieou-fc^cn.
40 :h ï Jtt ra-wanî7-mîao.
IQ |>^ p ^ Ling-k'eou^lchen.
10 — W BIM T'sing-yanO'P'ou.
15 H ^ i^ Tan-yang-hien yun-yang-i.
^ R& m ^ ir ;ff ^ « » * P », '^^''••/îftS"'?'r
à TcHEN-KiANG-fOU TaK-t'ou-hibn King-h'cou-i flUO (i;.
10 J^ ï J( r'8t-Ii-mtao.
10 ^ 'S' % îtî rcAang-fcoan-tou-che.
10 — Ht te la Woang-ni-'pa.
10 — îlf 51 é; Sin-fong^tchen.
68 LE GRAND CANAL.
10 il à ^ lll Tou-chan,
20 — ^ ^ ii Tan-t'ou-tchen.
10 — j^ if yao-wan.
10 — ^ f^ ^ Nan-meri'tcha.
10 — ^ D 1^ TcHEN-KiANG Kin-k'eou^i.
780
II. De TCHBN-KIANG àr'sing-Aiang-p'ou (^ ^ fg^) ^400 tt_^.
»
TCHEN-KIANG-FOU à YaNG-TCNEOU-FOU KiaNG-TOU-HIEN
Koang-ling^i (60 li).
10 — ^ ^ Û: jft Rive du Yang-tse-kiang.
10 — JOSl >W m Koa-tcheou-tchen.
10 — A S «t Pa-Zi-p'ou.
15 — zi % ^ San^t'cka-ho.
^^ — IftWifiPiJ^M Yang-tcheou-fou T'chao^koan.
»W;fiFiJ^IIÏ?!SfÔS? Yang-tcheou-fou
T'chaO'koan à Chao-pé-i (bO H).
10 — )| ^ iM Hoang-kin-pa,
10 — jf Ig ^ Wan-reoit-^c/ien.
5 — i^ JK Kao-miao.
5 — S ^ M Wa-yao-p'ou.
20 — 5|S fê iÉ C/iao-pë-ic/ien.
?R fÔ M SSl # (PI Chao-pé à Kiai-c/ieou-i (^120 Zi;.
10 — H ^ R9 San-fteou-tc/ia.
10 — Ig ^ Yao-p'ou.
10 — 815 fl JH P Chao-pé Hou'k'eou.
5 — 9 ^ Èi iC M Loii-ftm-Zié-niu-miao.
5 — ^ ^ le (^a/. jg) Nan-t'ché'lou.
10 — 4t ^ B^ l'if J Pé-rc/ié-Zow.
10 — li^iWaÊlilft!^ Kao-yeou-tcheou Yu-rchengrî.
20 — M TK 1^ ^ T'sing-choei't'an-tchen.
*0 — JS| fli î^ ^ Ma-p'ongf-wan-tc/ien.
10 — A^ l& iH Lou-man-tc/ien
20 — ^ 'W ^ Kiai-cheoU'tchen.
1?- # H ï ^ Jpf 'fR KiaUcheou-tchen
à P'ing'ho-kHaG (^100 h*;.
10 — ùl lîB Kvmg-k'iao,
10 — f E tK iït Fan^choeUtchen.
10 — R M ^ Wa-p'ou-hen.
10 — ifc W ^ft Wei-ftiuë-Zeou.
ITINÉRAIRES. 69
iO lia Ht H ^ Pë-rien-p'ou.
^0 — ïfffiSliîf^ai Pao-yng-hien Ngan'p'ing-^i.
20 — fï i J D Hoang-p^ou'k'eou,
10 — ffi f^ King-ho.
10 -i- ^(5 fSf fli P'ing-hO'kHao.
^Mm^^nm^ÎLiË P'ing-ho^k'iao à
Ts*iNG-HO-HiEN Ts'ing-kiang-p'ou (10 li),
10 — i: + £g|jfai.-::^)Euf-c/ie-«i-jj'oa ('a/. Eul-p'ou),
10 — i"îl^?ai. ^|g)r7/ie-?i-p'ou faL T'eou-p'ou).
10 — É * ^ iLl ^ JR rt H SI HOAI-NGAN-POU ChaN-YANG-
HiEN Hoai-yn^i.
10 — W iW 58 8i-/iou-isoei.
10 — )S ^ (1) Pan-ic/ia.
10 — ^ il T W I-fong-hia-tcha.
10 — fli M SI SI ïi i§ Ts*iNO-HO-HiEN rs'in{7-ftianflf-p'ou.
400
III. Ts'ing-kiang^p'ou au Ohan-tong (ffi j|^ fp[) (^400 Zi/
fllatiSt»«l®§» Ts'ing^kiang^p'ou à
Sou-TSViEN-NiEN TchoTig-^ou-i (^200 h*j.
15 _ 5ç ^ ^ THen-fei'tcha.
15 — fiS 19 À 3fa-reou-^c/ien.
25 — i¥ >ËË Fang-fc/ioang.
40 — ^ H ^ Tchong^hing-tsi (2).
(En face de Tao-yuen-hibn jft JS l||)•
20 — S jgjf i'w^-^o^-
20 — JKS ^ ^t Tcheng-kin-leou.
10 — f^ fb ^ Niang^hoa-tsi.
10 — Hia-yu-keotL.
45 ?§ ^ m SOU-TS'IEN-HIEN.
î& ai H M i 14 ;$ SOU-TS-IEN-HIEN à
T'ai-eul-tchoang ("200 h^.
10 — î$ .SI }!M Lo-ma-/iou.
30 — ,^ iîa Ma./iou.
10 — j^ SI Ifi KieGU-long-miao.
20 — ^ ^ JV .Vîeou-réou-wan.
20 — ^ J9 IK yao-wa?i-fc/ien.
30 — ^ ^ 1^ Miao-eul-wo.
10 — Zl SB ifiS Eul-lang^miao.
(1) Var. #[ HH
(2i Var. 'flj ft
70
LE aRAND CANAL.
20 - îiin D «
15 - » §i & W
400
IV
18
10
8
12
6 —
12
12
20
30
10
4
10
Lao-long^t'an-lchen,
Kia^k'eou'tchen.
Kou^liang^wang'-tch'enfj ,
T'ai-euUtchonng (Prov. du Chan-tong)
Chan-tong à (Pé) T'ONG-TCHEOU (:ft M V^) ("2010 II),
M ^ & ^ :k ï M T'ai-eul-tchoang k
Ta-v.'ang^miao (\ï)2 li).
ffie llJ IH (2) HeoU'Chan-tcha.
M M & M Toen-kia-tchoang-tcha,
T ^ Jfe Jj^ iS 19 Ting'kia-miaO'i-ti'tcha.
^ ^ ^ PS Wan-nienMen-tcha.
Kiu-liang-k 'iao-tcha,
Sin-tclia.
Ilan^lchoang-tcha.
Tch'e-chan,
Hia^tchen-tcha.
Yang-tchoang-tcha.
Sié'-ho-pa.
Tn-wang-mino,
:*:ïiïSMW^^*iftlÇ Ta^v;ang^miao h
Tsi-NiNG-TCHEOU Nan-tch^eug-i (\6i H).
s mm
mm m
Pi
20 — ^MM'^l-^WM)Song-hiei-tcha.
8 -
4
4
8
4
4
8
12
18
15
5
5
10
8
8
10
M & ^
mm M
m m &
10
w n m
if >s!ï PS
5«s pa
Sin-tchoang-k'iao.
SiU'kia^k'eou.
Ma-ftia-fe'eoi4.
Mong-liia-ft'eou.
C/ie-ftza-A:'eou.
X*^iao-reou-fsi.
PIHI Nan-yang-kong-chou-tcha,
Tsao-lin-tcha.
Lou-k'iaO'tcha.
C he-kia^tchoang-icha.
Tchong~kia-ts''ien,
Sin-tcha.
Sin-tien-tcha.
Che-fou-tcha,
(1) Var. -â Jï
(2) Var. ^ Jl
^ Tai-tchoang-tcha.
^ Heou-Wicu-tclui.
ITINÉRAIRES. 71
8 /i à |g ^ J^ TchaO'tchoang-'tcha,,
5 — ^ ^ jiil^ MW Tsi-NiNG-TCHBOU Nan-t'chenQ'i.
ftl ^ W M S K Tsi-NiNG-TCHEOU à Niiu-viSing (H li),
2 — 5Ç ^ pg T'ien^tsing^tcha.
2 — :i^ ;^ Ts'ao'k'iao.
6 h M ^ C/ie-Zi-p'ou.
10 — ^ ^ J^ Ngan-hiu^iien,
20 — |p[gMJiCaLj|8lfH5)//o-reou-wan.
12 — iJ^ ^ ^ Siao-tch^ang-keou.
3 — ::^C :S flî Ta-tch'ang-keou.
12 Vh 'Ha m ffi 8f?-^s'lVn-p'ou-icha.
10 — "69 "H^ PIS Lisou^lin-tcha.
5 — |&ffi-tRI(tlî/SS)^^^'ï'^-^^'^'i^fif-c/ianry-tc/ia (Part, des eaux)
^ E S ^ llj ^ .Van-wa?îg à Ngan-chan-tcha (^82 hj.
12 — PB M JH K'aUho-L
15-^fî P R3
12-|ff * P il
Yuen-kia-h 'eou-tcha .
Kin-hia'k'eon-tcha,
9 — ^ M & Li-kia-tchoang,
5 — ^ @ P Hoang^tchong^k'eou.
9 — 3J é ttl P (1) l'ai, tl 5IS >ffi) Tchang-pé-liang^k'eou.
15 — ^ llj R8 Ngan^chan-lcha,
^. lllRBM:^lJff^iC!i Ngan^chan^icha
à Tong-tch'ang-fou Tch'ong-ou^i (^160 h"^.
Passage du fleuve Jaune.
25 — '^ lU 16 Liang^chan-po,
^ — itSi M M !^ Tai'kia^miaO'tcha.
^^ — ^ É^ 9 Nan-cAa-wan.
6 — 4t S? ^ Pê-c/ia-wan. (nunc $^H Ngan-p^ing^
tchen, dit ;^ ^ ^ Tong^lou-tcheii).
10 — 51 iK H il P^ SI Tchang-ts'ieou-tchen King^men^i.
10 — ^JP^JlTURi King^-men-chang-hia-eul-tcha.
12 — |èji!ʱTnÉ Wo-ic/i'engf-c/ian<7-/iîa-eu/-/c/ia.
8 — HO ^ Iffl LiaO'long-tcha.
12 — ^ajt TUBS T.^'i'ki-chang-hia'eul'tcha.
10 — 'b ^ P Koan-yaO'k'eou.
13 — ^ ^ ;È BH rc/ieoîi.ftia-hen-fc/ia.
15 — ^ j'^ ^ ^ Li^hai'OU'tcha.
20 — )K^;iï#gC^ ToNG-TCH'ANG-FOU Tch'ong-owi.
(1) Var. 7K /\ ^ P Tchatuf jHihw-k'tou.
72 LE GRAND CANAL.
^ â Jiï M IS i)ï W TONG-TCH*ANG-FOU
à LlN-TS*ING-TCHEOU ^120 U),
5«à^îgf^
yongf-i'ongf-^c/ia.
^0-mm a
C/iou-ii-£s'ien.
T-m m m
Lieou-'kisL-hiang .
3-msR
[^
Liang-kia-tcha,
15- ±«
m
T'ou'hHdO'-tcha.
12 - f8 ^ «
Wei-kia-y^an.
8-ttlti^
1
Ts'ing-yang'Utcha.
20 - IS ^ «
1
Tai'kia^wan-'tcha.
IS-HiSâl
Choang-ts 'len-p 'ou .
15 - EÊ «î w ii
S ïft #1 T iS ÎS iR LlN-TS*lNG-TCHBOU Ma
1
t*eoU'ti'leoU'hia Ts'ing-yuen^i.
eê î» ffl ai ^ M «É LlN-TS'lNG-TCHEOU
à OU-TCU'ENG-HIEN ('120 H),
1 — M ^ '^ Koan-y 71' tsoei.
2 — i T RS Chang-hia-tcha.
7 — H }p[ îfil Si'hO'k^iao.
10 — T iïï ^ Hia-hO'kHao.
20 — ^ 31 ;§ P'ing-keou'tien,
10 — X '^ ;^ Hia-tsiri'tch'ang.
^0 — ftb t& Yeou-fang.
iO — §t P JS Toîi-fe'eou-i.
20 — ife ^ Ho'fang.
20 — ^ jj^ m OU-TCH'ENG-HIEN.
^ M H s îK M JS OU-TCH^ENG-HIEN
à K0U-TCH*ENG-HIEN (^145 h'/
15 — f'î' ^ ig Tchou-kan-t'oen. *
25 — ^ »^ # ni Kia-ma-yng-i.
10 — H S j(t Ki-hong-Heou.
10 — S ^' Wa-yao.
5 — j^ ÎrT Pou-ho.
25 — SR ^ D Tcheng-kia-k'eou,
10 — ff ^1 Jl|t Ts'ing-tcheou'lcti'ang ,
10 — T^ ifelï SI Hia-fang-ts'ien.
15 — A M lË Pa-li-t'oen,
20 — Sî;MJR^^IBE Kou-TCH'ENG-HiEN Liang-lchang-i.
WCUM^ ià^ ^ ^m KOU-TCH^ENG HIEN
à TÉ-TCHEOU Ngari'té'i (60 H).
15 — 'j^%% Ta-wa-î/ao.
15 — ^ % Se-Heou-cfiou .
18 h m M Q Che-eul-'li'h'eou.
ITINÉRAIRES. 73
6 ^^ * H ï IB Longf-wangf-miao.
6 — & W $ tt 9 TÈ-TCHEOU Ngan-ié-L
H ^ S ]|[ :)K m TÊ-TCHBOU à TONG-KOANG-HIEN ("190 /l/
20 — •§• :^ ^ Pé-te'ao-wa.
30 — ± T ^ :& ^ Chang-hia Lao-kinn-t'ang,
30 — ^ JÎc 9 Sang-kia-yuen.
10 — K >è 1$ Liangf-a*en-i.
30 — $ fê ^ Xgan-ling-tchen, (Prov. du Tche-li).
20 — )^ ^ 13 JMf D Hoang''kia-yeou-hO''k'eou,
20 — a Sf (i Lieïi.wo-i.
15 — :^ fli S Ta-long-wan.
15 ;^ ^ IS TONG-KOANG-HIEN.
^ 36 IR 3! îl^'iA TONGKOANG-HIEN à TSANG-TCHEOU (^130 h*/
10 — fÉ tÇ yeou-/ang.
20;— _£ 1> jgr P Chang-hia Sin-k'eou.
10 — fÊlillir^Sil{l)^o-reou-«c/ien Sin-/i'iao-i.
18 — ^ ^ Jg rs'i./iia-yen.
17 — 3$ ^ 5g Sië-feia-wo.
10 — Il ^ P Ma-kia-k'eou.
15 — ^ fpj SI Tchoan-hO'i.
15 — ^ iîÉ Ts'ao-tch^ang.
15 fH' !ft| TS*ANG-TCHE0U.
ÎS' W It A m Ts'aNG-TCHEOU à TS-ING-HIEN ('75 ti^.
10 — ?6 H Hoa-pou.
10 — $ ^ m Ngan-tou'tchai.
15 — A ^ ^ Hing^isi-ichen.
10 — ^ 1^ ^ î& Tcheou'koan-eul't'oen.
30 — il fg Ts'ing-hien.
îîÇ«5»»l|*«r» Ts'ing-hien
à TsiNG-HAi-HiEN FoTig'-sin-i (lOb H).
20 — ^ 5ÎC >î Ts'ai'kia-'tchoang.
10 — et i^ ^ Lieoa-/io-i.
10 — ^ Tg- ïfe T'c/iou-feoan-roen.
10 — ffl 'è ^ Tan-koan-Voen.
15 — dK $il S Lieou-tiao't'ai,
10 — ft 4 Tch'ang-Voen.
15 — Il Hf Choang-t'ang.
15 — IS^ ;fë H i^ 3Bf fl Tsing-hai-hien Fong-sin-i.
(I) Kur la ri vi- droite M J!X I6| Nan-p'i.hikx.
/
74 LE GRAND CANAL.
à T*iEN-T8iN-F0U Yang-ts'ing-i ^105 li).
15 H à g ^ ^ yrigf-eul-h".
15 — ^ fit 9^ ^ & Tou-Meou-ta-hoang^tchoang .
20 — ^ P Sin-h'eou.
20 — ;^ ^ d Yang-ts'ing-'i.
5 — M M & Tsiang-kia-tchoang ,
5 — il ^ >flË Ma-kia-tchoang.
5 — IH" ^ >âË Sié-kia-tchoang.
5 — W ^ >ï Ts'ao-kia^tchoang.
5 — "K ^ ;QE Pien-kia-tchoang .
55 ï^ /iï S WF H ^ T'IEN-TSIN-FOU à IlO'Si'OU (\bO li).
15 — ^ ^ Tch^é-yng,
15 — yfe % P Tao'hoa-k'eou.
\0 — ^ ^ Ci JH P'ou-feeott-puMvan.
10 — ÎF è TJt J3: Hia^lao-mi-tchoang,
20 — >|^ W IPI Fangf-fs'uen-i.
15 — ^ )Jg Tch'ai'tch'ang,
15 — ^ ilE ^ Jflb Nan-pé Ts'ai-tchoang.
10 — ?$ 1^ Tchoan-tch'ang.
10 — ^ ^ "S" Hoang-hia-fou.
10 — ^ >f^ Mongols' uen,
10 — é JS S Pé-miao-euL
10 — fp[ W ^ Ho-si-ou.
M H :gF M 5i W //o-si-ou à T'ONG-TCHEOU (^170 ii;.
^ — ï ^ fil ift n Warîg-ftia-pai-fou-/i'eou.
10 — igi ^ :gp LoU'kia-ou,
5 — iîll J^ Ilong-miao.
15 — $? ^ j£ Kin-kia-tchoang,
15 — g ^^> p Pan'tseng-'k'eou,
l'"^ — If ^ # SiaO'kia-lin.
20 — ^ >â^ ^ Ho-hO'i,
20 — tB 5K JÈ Yang-kia-tchoaiig.
^^ — %M ^ M Kouo'hien Ma-feou.
10 — >^ j^ ïB Ho'Chao-t'oen.
7 — ^ ^ /§ Ki-kong-tien,
'^ — iP M M Cha-kou-ioei.
6 — '0^3B|R('aZ.^|â^)Pao-yun-/ioan ('aZ. Li-eul-se).
10 — 5Î ^ j^ Tchang-kia-wan.
15 — îi W K {ni P T-oxG-TCHEOu Lou-Zio-i.
2010
ITINÉRAIRES. 75
V. T'ONG-TCHEOU à PÉ-KING (iO H).
iO lik -fç^ 3E Jf^ Ta-wang-miao.
10 — ^[lJ^(aL^^J^)Tchdng'eul'tien (al. Che-wi-tien).
^^ ~ -k M ^ Ta-rong-k'iao.
10 — M ;Jsfe ^^- i P^ PÉ-KING Tch'ong-M'en-men.
40
Le parcours total est donc d'environ 3630 li, répartis comme
il suit:
I. De Hangtcheou à Tchen-kiang 780 li.
II. De TCHEN-KIANG à Ts'ing^kiang^p'ou 400 —
III. De Ts'ing-hiang^p'ou au Chan-tong - 400 —
IV. Du Chan-tong à T'oNG-TCHEOU 2010 —
V. De T*0NG-TCHE0U à PÉ-KING 40 —
Tota 3630 li.
77
TABLE DES MATIÈRES.
-<xi/;^«>»-
CHAPITRE PREMIER.
GÉNÉRAL IT&S.
Page 1 à 5.
La Chine au point de vue hydrographique. — Province du
Kiang-'sou. — Département de Yang'tcheou fou.
CHAPITRE II.
ANCIEN CANAL IMPÉRIAL.
P. 6 à 13.
Les travaux du Grand Yu. — Jonction du Yang-tse kiang
et du Hoai ho (48 av. J. C.) — Canal «du transport du Sel». —
Réparation du Yun~liang ho (243 ap. J. C). — Nouveau Canal de
Chan-yang ho (595 ap. J. 0.). — Canal de Hang^Lcheou au Fang-
tse kiang (605-616).
CHAPITRE m.
NOUVEAU CANAL IMPÉRIAL.
P. 14 à 23.
Chang-ho et Hia-ho, — Déversoirs latéraux sur le /fia-ho.
— Digues maritimes. — Déplacement du Hoang-ho (107). — Lac
Hong-tché. — Ouverture du Canal du Hoang-ho à Pé-king (1289-
1292).
CHAPITRE IV.
ENTRBriBN DU CANAL SOUS LES MING.
P. 24 à 31.
Entretien du Canal. — Versants et barrages. — Cataclysmes.
Les Pa ou digues volantes.
78
LE GRAND CANAL.
CHAPITRE V.
ENTRETIEN DU CANAL SOUS LES TSING.
P. 32 à 43.
Nouveaux désastres. — Construction des pa. — Le lac Hong-
tché, — Le transport du riz.
CHAPITRE VI.
CANAL ACTUEL.
(18r)0-l«03)
p. 44 à 50.
Déplacement du Hoang-ho (1850). — Inondations. — Nou-
velle distribution des pa, leur réglementation.
CHAPITRE VII.
NAViGATlON ET TRANSPORTS.
P. 51 à 62.
Transports et navigation. — Ecluses tcha. — Douanes, ponts
sécurité. — Communication avec la mer.
CHAPITRE VIII.
ITINÉRAIRES.
P. 63 à 75.
Route des chars de Ts^ing-kiang-p^ou h Pé-king. — Trajet
de Hang-tcheou à Pé-king par le Canal impérial.
Zl-KA-WEI. — TYP. DE LA MISSION CATHOLIQUE.
AL
A'1010503M'11
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